Reconnaissance du genocide contre les Hutu au Burundi

RECONNAISSANCE DU GÉNOCIDE CONTRE LES HUTUS EN 1972

Pour faire reconnaître auprès des Nations Unies (ONU) le génocide contre les Hutus en 1972, il ne suffit pas de rassembler les témoignages de massacres massives et atroces ni de rappeler les chiffres effrayants de 100000 morts selon le Gouvernement de Micombero, celui de 300000 selon la presse internationale, celui de 580000 morts selon un Hollandais dissident de la CIA américaine et celui d’autres qui parlent de plus de 600000 morts.

Il faut également rechercher les données qui prouvent que les auteurs du génocide de 1972 en avaient l’intention. En d’autres termes, s’ils en avaient un plan. En effet, l’ONU a fixé deux critères en décembre 1948 pour qu’elle reconnaisse l’usage du terme génocide :

– Tuer des humains parce qu’ils appartiennent à une ethnie, une religion, … quelque soit le nombre de victimes ;

– L’intention de le faire (préexistence d’un plan).

L’objet de cet article est d’orienter, ceux qui militent pour la reconnaissance du génocide contre les Hutus en 1972, vers une recherche approfondie des données prouvant qu’il existait un plan préalable pour ourdir le génocide.

En 1968, le ministre de l’Information, feu Martin Ndayahoze, a remis une note au Président de la République, feu Capitaine Michel Micombero, dès le retour de la visite présidentielle à Lusaka en Zambie. Cette note dénonçait l’existence d’un plan génocide contre les Hutus préparé par un groupe d’extrémistes Tutsis représentés par Arthémon SIMBANANIYE. La mise en application de ce plan remonte à décembre 1969 où des Hutus officiers, ministres et hauts cadres furent exécutés par le Capitaine Micombero sans procès.

Le génocide contre les Hutus en 1972 constitue la deuxième application de ce plan macabre qu’Arthémon SIMBANANIYE considérait comme solution finale : à quelques rares exceptions près, tous les Hutus, qui savaient lire et écrire ou qui étaient considérés comme riches mais qui n’ont pas pu s’exiler, ont été massacrés sans procès. Le mal frappait jusque dans des écoles primaires!

En 1972 et plus tard, le Mouvement des Étudiants Progressistes Barundi (MEPROBA) a explicité le contenu de ce plan. Déjà à ce niveau de cet article, on voit clairement qu’il y avait un plan.

Avant le 29 avril 1972, le Gouvernement Micombero avait dressé des listes que ses agents lisaient lors de la sélection des victimes notamment dans les services publics, dans les entreprises privées et dans les écoles. Ce sont ces listes qui font qu’aujourd’hui beaucoup de témoignages parlent des leurs emportés un à un vers la mort. L’affaire des listes constitue, en elle seule, la preuve qu’il y avait un plan.

Dès le mois de juin, il y a eu escalade au point que les victimes Hutus, considérées comme riches commerçants ou paysans, étaient arrêtées puis tuées sur simple dénonciation basée sur la forme du nez. Étant donné les nombreux mélanges génétiques entre Hutus et Tutsis au Burundi, contrairement au Rwanda, des Tutsis ayant le nez semblable à celui d’un Hutu étaient embarqués pour la mort s’il n’y avait pas dans les environs un Tutsi influent capable de le sauver. Pour couper court à ce débordement, le Gouvernement de Micombero a fait passer un message à la Radiodiffusion Nationale du Burundi (actuel RTNB) pour instruire ses agents d’aller vérifier sur les collines natales les origines de leurs victimes avant de les dénoncer: «Ntimwikore munda, Umuhutu s’izuru, genda murabe kugasozi ko yoba ari Umuhutu». Ce message en kirundi à la Radio est une autre preuve de l’existence d’un plan macabre.

A la mi-avril 1972, l’Etat Major de l’Armée de Micombero a organisé de grandes manœuvres à l’Est du Burundi. Était-ce un hasard de circonstances ou la prévision de quelque chose liée à l’existence d’un plan ?

Le 27 avril 1972 deux véhicules Land Rover du Ministère de l’Intérieur du Burundi ont stationné à Bukavu chez Soumialo, un des grands chefs des Mulelistes. Les passagers de ces véhicules auraient donné beaucoup de dollars à Soumialo. Toujours-est il que, selon Celeus Mpasha, le 28 avril 1972 des mulelistes ont participé à une réunion convoquée par Arthémon SIMBANANIYE dans la province Bururi. Toujours selon Celeus Mpasha, deux hauts fonctionnaires de Bururi, Dr. Simbiyara et Nduwingoma, participaient à cette réunion présidée par SIMBANANIYE. Celeus Mpasha de souligner que SIMBANANIYE l’avait invité à cette réunion mais qu’il a refusé d’honorer l’invitation et qu’il a fuit en Tanzanie dès le lendemain.

Celeus Mpasha signale que, dans la nuit du 29 avril 1972, les mulelistes ont massacrés des Hutus et des Tutsis indistinctement. D’où sa fuite en Tanzanie. La même nuit, Micombero a donné ordre d’assassiner le Roi Ntare V qui rendit l’âme à 1h15 du matin.

Le même jour, avant midi, les ministres de l’Intérieur Shibura Albert et celui de l’Information Yanda André tenaient un meeting à Rumonge sur la suprématie du parti UPRONA. La présence de trois ministres dans la même province Bururi (Rumonge appartenait encore à Bururi) au même moment n’était pas un hasard. A 11h du même 29 avril, le Président Micombero dissout le Gouvernement et nomme, comme ministres plénipotentiaires, les ministres Arthémon SIMBANANIYE, Albert Shibura et André Yanda. Les trois ministres étaient chargés de superviser toute l’action gouvernementale.

Ainsi donc, tous ces faits concourent à soutenir qu’il y avait un plan macabre pour perpétrer le génocide de 1972.

Revenons à l’affaire Ntare V. Pour canaliser le Roi Ntare V vers le Burundi, de gré ou de force, le ministre des Affaires Étrangères, Arthémon SIMBANANIYE, a deployé ses diplomates en Europe pour pousser le Roi Ntare V à rentrer au Burundi. Après la perte de sa couronne royale en 1966, il s’était exilé en Europe d’où il faisait des navettes et des affaires entre l’Ouganda et l’Allemagne. Quand j’étais jeune stagiaire à la Radio Télévision Belge (encore unitaire), j’ai personnellement assisté au mois de mars 1972, à l’Hotel Astoria de Bruxelles où logeait le Roi détrôné, près de la rue Royale, à une scène organisée par l’Ambassadeur Laurent Nzeyimana pour rendre possible un contact entre le Roi déchu et le ministre Arthémon SIMBANANIYE alors ministre des Affaires Étrangères. Il était 18h.

L’Ambassadeur organisa une réception en honneur de son Ministre au rez-de-chaussée de l’hôtel Astoria. Le Roi, qui était au 1er étage où il logeait, ne pouvait pas sortir sans passer par l’extrémité de la salle de réception. Toute la durée de la réception, le Ministre et l’Ambassadeur n’ont pas quitté les pieds de l’escalier afin d’aborder le Roi à sa descente. Il est descendu. J’ai tout vu car j’étais de reportage. Le Roi les a salué courtoisement puis est sorti dans la rue brusquement. Il était accompagné par Monsieur Emmanuel Biha.

Le 31 mars 1972, j’ai lu sur les dépêches que l’ex Roi Ntare V avait été kidnappé par le Président feu Idi Amin puis livré aux autorités burundaises. La suite vous la connaissez, il fut exécuté à Gitega, le 29 avril 1972 à 1h15 exactement. Après tout ça, qui met encore en doute l’existence d’un plan génocide mis en exécution en 1972?

En fin de compte, posons-nous la question de savoir pourquoi des tueries, signalées au Sud du pays dans la province Bururi, par la Radiodiffusion Nationale du Burundi, ont trouvé comme solution finale l’extermination des Hutus du Nord, Ouest et Est qui savaient lire et écrire. La réponse péremptoire c’est l’existence préalable d’un plan génocide contre les Hutus en 1972.

Auteur: NDIHO Jérôme

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