Manifestations contre des médias français dont RFI et TV5 Monde

Des organisations de la société civile « citoyenne» sont descendues dans la rue ce samedi pour protester contre les médias français, spécialement RFI et TV5.

Plusieurs milliers de manifestants étaient dans les rues de Bujumbura ce samedi 8 juin. Femmes, hommes, jeunes, etc. Des Taxi-vélos et  conducteurs de tricycles ‘’Tuk-Tuk’’  étaient venus massivement en renfort.  Les manifestants, sous la bannière de la société civile dite « active et citoyenne » voulaient exprimer leur l’indignation contre les médias occidentaux ‘‘surtout français’’.

Ils accusaient les médias français de donner la parole aux ennemis du Burundi, les Burundais poursuivis par la justice qui, selon les manifestants tiennent, « des propos mensongers, calomnieux contre le Burundi et ses institutions. »

En ligne de mire, Radio France Internationale (RFI) qui a récemment donné la parole à Marguerite Barankitse. Celle-ci figure sur la liste des 34 personnalités recherchées par la justice burundaise et contre lesquelles elle a émis des mandats d’arrêt.

«Si le gouvernement burundais continue de faire la sourde oreille face à cette agression française et de ses médias de la haine dont RFI, nous allons marcher jusqu’à Paris….», «RFI, TV5 Monde, vous êtes une substance manipulatrice que la communauté internationale avale chaque jour», etc., ainsi pouvait-on lire sur les écriteaux des manifestants.

La marche a débuté vers 10h à la gare du nord, dans la commune Ntahangwa sous l’escorte de la police. La coordination était assurée par Aimé-Pascal Nduwimana, président de l’organisation dénommée Ministère africain de compassion (MAC).

Les manifestants ont emprunté le boulevard du  28 novembre. Destination : l’ambassade de France, située en plein cœur de la désormais capitale économique, à quelques encablures des bureaux de la présidence de la République.

Après quelques minutes, ils se sont arrêtés au niveau de la station d’essence «Yakeime oil company», connu sous l’ancienne appellation, «Kigobe city oil».

Ils ont été invités à se mettre à genoux. Un musulman, un catholique et une jeune fille de la religion protestante ont imploré tour à tour le bon Dieu.

« Dieu est du côté burundais » 

Tous les trois ont dénoncé la désinformation des médias occidentaux et invoqué le Ciel pour qu’il leur montre la vérité, protège le Burundi et ses autorités. «Surtout qu’elles font preuve d’une dévotion évidente envers Dieu», ont-ils fait savoir.

La jeune protestante, dont la prière sera saluée par une salve d’applaudissements, a  rappelé que Dieu a la première place au Burundi.  «Un peu partout, dans notre Constitution, etc., nous t’avons mis devant toute chose ».

Sous le coup d’émotions, elle a  traité ceux contre lesquels ils marchaient d’intakebwa (un mot kirundi utilisé plus dans la religion pour signifier des mécréants), d’intavyara (c’est-à-dire qui ne donnent pas naissance à des enfants).

Et a lâché aussitôt : «Quelle place as-tu chez eux ?  Sois de notre côté ; bats-toi pour nous». Ils veulent verser du sang. Néanmoins, s’est-elle réjouit, l’armée divine est invincible face aux puissantes forces françaises, belges, etc.

La prière finie, les manifestants se sont mis tous débout pour entonner le Burundi Bwacu, hymne national.  Après, la marche a continué,  ponctuée d’arrêts. D’abord, au niveau de l’hôpital militaire. Aimé-Pascal Nduwimana a en profité pour rappeler la gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de 5 ans et l’accouchement des femmes dans les hôpitaux publics. Pour rappel, ces mesures ont été annoncées par le président Nkurunziza lors de son investiture en 2005.

La marche s’est poursuivie au rythme des chansons à la gloire du président Nkurunziza. Un morceau du célèbre groupe « Peace&Love» incitait tout le monde à la danse. L’ambiance était  bon enfant.

Le coordinateur de la marche galvanisait la foule de temps en temps : «Le monde envie le Burundi». «Tout avion qui sera envoyé en guerre contre le Burundi s’écrasera dans l’océan», «Pierre Nkurunziza, Dieu l’a élevé au-dessus de tous les chefs d’Etat parce qu’il a mis Dieu devant dans tout ce qu’il fait».  

« Un homme averti en vaut deux »

A l’entrée de l’université du Burundi, au campus Mutanga, la marche s’est s’arrêtée de nouveau. Aimé-Pascal Nduwimana avait un message spécial à l’endroit des étudiants. Ceux-ci assistaient, massés, derrière les grillages.

«Parcem, Maggy, Acat, ils vous ont induits en erreur. Ils vous ont encouragés à aller camper à l’ambassade des Etats-Unis en 2015. Si jamais vous rééditiez cela, ne dites pas que vous n’en étiez pas informé», a-t-il  lancé à l’endroit des jeunes étudiants hébétés.

Au même endroit, le président de MAC a poursuivi son diatribe contre  Pacifique Nininahazwe, Marguerite Barankitse et le général Godefroid Niyombare, leader du putsch manqué du 13 mai 2015.

«Pacifique Nininahazwe souffre de ‘‘sutama’’ (maladie due à la dénutrition chronique), il habite désormais dans un container. Maggy devient ménopausée, si elle avait fait preuve de retenue, elle n’aurait pas manqué un veuf pour mariage. Et Niyombare, où est-il ?  Il vit aujourd’hui caché dans une petite hutte».

La marche a continué, toujours sous une mélodie envoutante. A la jonction du boulevard du 28 novembre avec la chaussée Prince Louis Rwagasore, la foule s’est arrêtée de nouveau. A droite, c’est la Nonciature apostolique. Le coordinateur avait un autre message particulier. Cette fois-ci, à l’endroit du représentant du Vatican pour les évêques catholiques du Burundi.

Il a dénoncé les successeurs de Saint Pierre qui interviennent dans la vie du pays. « Son Excellence, le représentant du Pape, Vous voudriez transmettre ce message. Qu’ils ne prêchent plus l’Accord d’Arusha », a-t-il dit sous les applaudissements.

C’est un secret de polichinelle, a-t-il fait savoir, les évêques ont combattu le gouvernement. Il y en a un (entendez l’archevêque de Gitega, Monseigneur Simon Ntamwana) qui a clamé que la reconduction du président Nkurunziza ferait des Burundais, ses esclaves. Néanmoins, ce fut peine perdue, a-t-il indiqué, il a été réélu à Gitega à 100%.

«Qu’ils nous enseignent des sacrements, la bonne cohabitation, etc. Et ceux qui vont persister, comme ils ne sont pas inféconds, qu’ils soient écartés», a-t-il insisté.

Le Rwanda n’a pas été épargné

La manifestation a repris son cours. Le coordonateur ne se lassait pas de faire rire les manifestants. Sous un ciel de Bujumbura peu ensoleillé, les manifestants ont marché jusqu’à l’ambassade du Rwanda sur l’avenue de la RDC. Ils se sont  arrêtés de nouveau pour un autre message, cette fois  à l’endroit du voisin d’outre la Kanyaru.

«Rwandais, Rwandaises, nous vous aimons. Ces Burundais auxquels vous donnez asile, ce sont des poux. Ils enseigneront demain à vos gens. Donnez-les nous et nous cohabiterons pacifiquement. Mais, si vous optez  pour la voie de la guerre, nous vous avalerons, le Rwanda n’a jamais gagné une guerre face au Burundi. Celui qui traversera la frontière devra dire adieu au préalable ».

La foule a gagné l’ambassade de France par le boulevard de l’Uprona. Dès son arrivée, l’ambassadeur Delahousse, en compagnie de son épouse, a fait son apparition. Il avait un appareil, prenait des photos. A l’aise, il a salué les participants à cette marche contre les médias de son pays.

A l’ambassade de France à Bujumbura, destination finale de la marche.

La déclaration sanctionnant cette marche a été précédée par la prière. Les manifestants se sont mis de nouveau à genoux. La jeune fille dont la prière a été applaudie a été invitée à prier de nouveau.

Venant Hamza Burikukiye, président de l’organisation CAPES+, a lu après un texte, perché sur un véhicule double cabine. Il a condamné notamment certains « journalistes égarés » qui soutiennent que les Burundais sont tués à longueur de journée alors que la situation est normale et apaisée.

D’après lui, les mêmes journalistes feraient croire que la démocratie n’a pas de place au Burundi, cela alors que le pays est géré par des institutions démocratiquement élues.

Pour preuve, a-t-il souligné, le Burundi a organisé lui-même un référendum dont la constitution qui en est issue a été promulguée le 7 juin 2018. En plus, les partis politiques reconnus ont déjà mis en place eux-mêmes le Code électoral dans la perspective des élections de 2010.

Une demande de l’ambassadeur rejetée  

En outre, l’activiste de la société civile a remercié le gouvernement pour ses bonnes initiatives à l’intention de la jeunesse. Il est préoccupé par la promotion de ses droits : «Il est en train de faire soigner ceux qui ont été entraînés dans la consommation de la drogue pendant la crise de 2015».

Après, l’ambassadeur de France a demandé avec insistance auprès d’Aimé-Pascal, qui assurait la traduction en français, d’adresser un message à la foule.

Ce dernier avec Venant Hamza Burikukiye, à la tête de cette foule, s’y sont opposé. Ils ont argué que l’ambassadeur ne peut pas s’exprimer à l’endroit des manifestants de Bujumbura alors qu’il ne va pas être  entendu dans le reste du pays.

Le diplomate français leur a proposé une audience  pour trois ou quatre personnes, en vain. Ils lui ont demandé de les accueillir la semaine prochaine en présence de leurs collègues absents en raison de la coordination de la marche en province.

L’ambassadeur Delahousse, a indiqué à la presse qu’il regrettait de n’avoir pas pu dire « un mot malgré sa demande. Le dialogue est  à sens unique manifestement», s’est-il étonné.

Il a avait, trois messages : adresser des remerciements à la foule pour être venue comme amie de la France. Celle-ci l’est aussi pour le Burundi. Il voulait leur assurer que son pays respecte la souveraineté du Burundi.

Enfin, l’ambassadeur Delahousse tenait à mentionner que les médias français donnent la parole à tout le monde. Qu’ils sont prêts à tendre le micro aux autorités burundaises pour équilibrer l’information. Cela après l’interview que les mêmes médias ont accordé à la responsable de l’ONG locale Maison Shalom poursuivie par la justice.

Signalons que ces manifestations ont été organisées dans tout le pays.