Burundi: Le compte à rebours va-t-il commencer pour le président Nkurunziza et ses thuriféraires?

Les nouvelles en provenance de Bujumbura demeurent préoccupantes et pour les inconditionnels du régime friand d’amateurisme, de fanatisme et d’insolence (issu de l’ancienne rébellion qui a mis un terme aux quatre décennies de massacres cycliques) et pour les détracteurs du pouvoir en place à Bujumbura (plus ou moins nostalgiques des folies de grandeur des enfants de Rutovu).

N’en déplaise aux autorités de Bujumbura qui crient à tue-tête que la situation se normalise, que les personnes qui disparaissent le font volontairement et que la victoire a été remportée en 2015 sur les Occidentaux et leurs marionnettes, l’heure est grave. Les signes d’une déconfiture sans précédent s’accumulent. Le moral de la population, toutes catégories confondues, n’est plus en berne mais en chute vertigineuse, à l’image de la monnaie locale. En bons messages du salut qui nous vient de Dieu, les évêques catholiques viennent de faire entendre leur cri du cœur: dialoguer ou souhaiter la bienvenue à une guerre meurtrière.

Où sont passées les larmes des femmes et des hommes?

Dans leur pudeur, les Burundais pleurent et cachent leurs larmes. N’allez pas dire qu’ils sont habitués à voir des êtres chers disparaître à jamais alors qu’ils étaient entre les mains des agents de l’ordre; n’allez pas dire qu’ils aiment s’incliner religieusement devant les ordres des bourreaux qui tuent et confisquent le cadavre et le droit de faire le deuil; n’allez pas dire qu’ils sont habitués aux malnutritions chroniques; n’allez pas dire qu’ils sont habitués à faire des navettes forcées entre leur bercail et les camps de réfugiés dans les pays limitrophes; n’allez pas dire qu’ils sont habitués à chanter les éloges des satrapes quand l’épée leur transperce le cœur; n’allez pas croire qu’ils aiment la marche à reculons. Non.

Dites plutôt qu’ils sont des centaines de milliers ces Burundais, pourtant courageux, tant meurtris et pourtant insoumis malgré les apparences, qui font semblant de faire partie de l’orchestre du Titanic qui, avec les Imbonerakure et les faucons du régime en guise de maîtres de chants: ils souffrent d’avoir longtemps offert un concert de chansons d’où prévaut la parodie des louanges dédiées au Créateur par des âmes pieuses. Ils guettent avec impatience l’agonie du corps malade qu’est le club formé par Nkurunziza et ses thuriféraires. Et si le chant du cygne venait du faux protecteur de Nkurunziza, l’actuel tsar installé au Kremlin?

Les accords avec la Russie: trop de fumée pour peu de poudre!

L’an dernier, au mois de juin, la banque centrale du Burundi a signé un accord avec la banque russe Gasprombank, pour faciliter le transfert des fonds au profit du Burundi. Le deuxième Vice-Président monsieur Joseph Butore, déclarait à son arrivée à Bujumbura, après une mission économique dans la Fédération de Russie: « L’accord permet uniquement de faire la transaction d’argent entre le Burundi et les autres partenaires et pas uniquement entre le Burundi et la Russie, parce qu’on a vu ces derniers temps que parmi, entre guillemets ceux que j’appelle les mauvais partenaires du Burundi, il y en a qui ont tenté d’empêcher que même l’argent du Burundi, qui n’est pas un crédit, puisse passer dans les banques ouvertes dans notre pays et vice-versa ».

Le Vice-Président Butore, en charge des questions économiques et sociales, a fait savoir que sans cet accord, qui était décrit comme un mécanisme clair de transfert d’argent, de transfert de bénéfices, il serait difficile ou même impossible de convaincre les investisseurs russes ou autres de venir s’installer et développer une activité économique au Burundi. Plus d’une année après la signature desdits accords, nous pouvons dire que la montagne russe a accouché d’une souris. Et Joseph Butore aura fait comme un certain roi de France: trop de fumée pour peu de poudre!

Enfin les retombées du fanatisme et de l’insolence?

Il vous souviendra qu’après l’insurrection organisée par certaines associations de la société civile (visiblement appuyée par des puissances occidentales), le régime de Bujumbura a décidé de sévir contre les organisations non-gouvernementales étrangères. Il a verrouillé les modalités de gestion des devises au Burundi sans oublier l’accès au visa d’entrée et de séjour. Le cours de la monnaie burundaise a commencé à chuter, des réseaux parallèles ont profité de cette mesure draconienne.

Dans les ambassades du Burundi à l’étranger, le fanatisme et l’insolence ont remplacé la compétence et la courtoisie. Les hommes et les femmes qui brillaient dans les invectives, les communiqués de la honte et l’insolence envers les bailleurs de fonds ont été applaudis et présentés en modèles. Bêtise ou gâchis?

Alors que l’Union Européenne maintenaient son jeu habituel du bâton et de la carotte, Bujumbura a choisi de bomber le torse même quand le ring de fortune offert au président Nkurunziza se cherchait sous les feuillages de bananiers! 2015 est passé, de même que la véritable épreuve de force. 2016 est venu, Nkurunziza a multiplié sa vantardise de clown. Quand il voyait une main tendue occidentale, il la confondait à celle qui a étranglé son père en 1972 et devenait parano.

L’on a entendu des conseillers spéciaux du grand manitou de Bujumbura se féliciter de leur république bananière et du droit de croupir dans la misère, tremplin de la dignité d’êtres libres!

Certes les Occidentaux ont, de 2010 à 2016, pris pour prétexte le troisième mandat de Nkurunziza pour régler les comptes au système CNDD-FDD mais il faut avouer que la stratégie de résistance choisie par les caciques du régime fut tout sauf intelligente. Le capital de sympathie nationale engrangé en 2014, 2015 et 2016 s’est évaporé comme de la rosée au lever du soleil. Car le peuple réclame pain et paix.

Les Occidentaux ont fermé le robinet de la coopération bilatérale tout en gardant ouvert l’accès aux aides via les ONG. Plutôt que de durcir les modalités de gestion des devises, il fallait canaliser les ressources aussi bien financières qu’humaines vers les couches vulnérables. La cupidité, pour ne pas parler de corruption, des ténors du régime qui s’affolent à la vue des liasses de billets verts s’est refermée sur eux comme un traquenard. Oui, « les hommes comme les poissons pourrissent par la tête ».

Le mirage des opérations de maintien de la paix

Si l’ONU et l’Union Africaine utilisent les militaires et policiers burundais comme de la chair à canons en Somalie, en RCA et au Darfour, c’est pas pis aller. Disons que les Occidentaux qui financent ces opérations n’ignorent pas que les dollars de sang que ces mercenaires des temps modernes rapportent à leur pays ne servent que de viatique à des humains condamnées plus que jamais au sort de Sisyphe. L’on a vu les autorités de Bujumbura verser des larmes et brandir maladroitement la menace de retrait des troupes. Pour retarder le sort du régime de Bujumbura de la même manière qu’un chat se joue d’une souris aux abois, l’Union Européenne a débloqué une partie des arriérés. Allez savoir si cette bouffée d’oxygène a amélioré les conditions de vie des militaires. Quand la plaie est devenue furoncle, il ne faut pas la bander mais recourir aux bistouris. Le Burundi a beau déployer des milliers de militaires dans les opérations de maintien de la paix et se vanter d’être le premier pays francophone pourvoyeur de troupes, il demeure un nain sur la scène régionale et internationale.

Est-ce déjà le compte à rebours?

La panique a failli gagné les mille collines du Burundi lorsque le constat devint unanime que les produits de la BRARUDI commençaient à manquer. D’aucuns ont parlé de pénurie et les responsables de la brasserie filiale de la multinationale Heineken ont confirmé la montagne de difficultés qu’ils rencontrent à trouver des devises pour s’approvisionner en matières premières. De l’avis des responsables de la BRARUDI, la banque centrale du Burundi manque cruellement de devises. La BRARUDI vend très bien ses produits en monnaie locale et verse les liquidités sur son compte ouvert à la banque centrale. Quand vient le moment de réclamer des devises, la banque centrale met du coton dans l’oreille. Pour le moment il y a une baisse de production qui risque de mener à la pénurie et au renvoi d’une partie non négligeable du personnel en chômage technique. Cette sonnette d’alarme lancée par la BRARUDI fait plus d’échos dans les coeurs des Burundais que tous les rapports des enquêteurs oiseaux de mauvais augures que l’ONU recrute.

Pénurie de boissons alcoolisées au royaume des disciples trop fidèles à Bacchus et le pouvoir se ramasse dans la rue! Fausse alerte? Mon oeil!

Le même son de cloche viendrait du côté de la société sucrière du Moso (SOSUMO): pas de bière ni de limonades, adieu thé prisé dans les petits-déjeuners des citadins. Pénurie de boissons de la BRARUDI et du sucre de SOSUMO serait synonyme de fermetures de l’essaim de bars voire même de bien de restaurants à travers le pays. Du côté des opérateurs économiques, le tarissement des devises n’est qu’un secret de polichinelle et un constat d’échec cuisant du régime à faire face aux sanctions infligées par l’Union Européenne. L’entêtement du régime à privilégier l’insolence verbale et la politique de l’autruche mène droit vers la faillite d’un Etat. La monnaie locale se déprécie au jour le jour mais la banque centrale fait fi de ce constat pourtant mis régulièrement à nu par les cambistes indépendants communément appelés « le marché noir des devises ». La banque centrale maintient le fossé angoissant entre son taux de convertibilité de la monnaie et celui des bureaux de change: plus de 1000 francs! A titre d’illustration, la banque centrale souhaite qu’un Euro s’échange contre 2200 francs alors que les cambistes ne parviennent pas à en trouver même contre 3270 francs! Même constat rageant pour le dollar américain.

Selon les indiscrétions des employés de la banque centrale, les coffre-forts croupissent sous le poids des billets fatigués tandis que les devises semblent bouder le pays comme les touristes avec les hôtels et les plages du lac Tanganyika! Quand les commerçants parviennent à réunir le minimum nécessaire pour l’importation des marchandises dans la sous-région notamment au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, les produits sont difficilement écoulés car du pouvoir d’achat de la population il ne reste qu’une peau de chagrin. Inutile de mentionner que les médicaments génériques ou de spécialité n’échappent pas au rouleau compresseur des monnaies occidentales. Et le yuan chinois ne saurait point servir de palliatif car la Chine est trop exigeante: elle s’allie à un gagnant et jamais à un régime grabataire!

Heureusement, on ne se moque pas impunément de Dieu

Le président Nkurunziza dit être investi d’une mission divine pour régner sur le Burundi jusqu’au retour du Christ. Le Christ est revenu au Burundi mais Nkurunziza, comme un digne disciple d’Hérode, le traque. Il enlève le fils d’une veuve, il malmène tout esprit qui réclame justice, il condamne, il spolie, il crucifie cette femme aux abois que ses faucons ont abusée et abandonnée comme une sale pute: le Christ demande des comptes et Nkurunziza broie du noir et charge ses hérauts de vitupérer urbi et orbi. Malheureux fils de la perdition qui se rêvait en imitateur du roi David!

Dommage! Dommage que les folies d’une bande d’imposteurs au sommet de l’Etat mettent en péril les acquis de la lutte menée par les déshérités du Burundi de 1994 à 2005! Dommage que les folies d’un club mafieux hypothèquent l’avenir reluisant que les Burundais pensaient préparer à travers l’Accord d’Arusha et l’accord global de cessez-le-feu signé à Prétoria. Dommage que Nkurunziza ait poussé la provocation à l’extrême comme un certain Sylvestre Ntibantunganya refusant de reconnaître sa nudité devant le peuple alors que les détenteurs du pouvoir le menaient par le bout du nez!

Non. Je dirais plutôt: merci mon Dieu pour ces épreuves! Car le moment est venu pour que les Burundais se réveillent et rejettent le démoniaque Nkurunziza et ses tueurs à gages. Oui, le moment est venu pour que cessent les élucubrations ou tergiversations de la communauté internationale sur le mandat et les mensonges du club mafieux autour de Nkurunziza. A chaque libération du peuple par lui-même, il y a toujours une étincelle ou la goutte qui fait déborder le vase. A bon entendeur! Par Daniel Kabuto

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s