5 choses à savoir pour comprendre le sort des chrétiens au Nigéria

Au Nigéria, les chrétiens subissent des violences régulières, et vu de l’occident, il est parfois difficile d’en comprendre les causes et les enjeux. World Watch Monitor propose 5 point qui permettent d’éclaircir une situation mal connue.

Au nord du Nigeria, Boko Haram n’est pas le seul à perpétrer des atrocités contre les chrétiens. Dans la région centrale du pays (Middle Belt), les éleveurs fulani commettent également des actes de violences. Cette région qui chevauchent la ligne précoloniale fait le lien entre le nord du Nigeria majoritairement musulman, et le sud majoritairement chrétien.

Les fulanis sont principalement des éleveurs de bétail de foi musulmane

Les fulanis représentent le plus grand groupe nomade au monde, avec 38 millions de personnes à travers 19 pays d’Afrique centrale et occidentale. Les fulanis se déplacent constamment à la recherche de pâturages pour leur bétail. Ils parlent plusieurs langues dont le haoussa, l’anglais, le français et l’arabe. 99% des fulanis sont musulmans.

Au nord du Nigeria, les fulanis sont en conflit avec les agriculteurs

La Middle Belt abrite une diversité de peuples et de cultures. Alors que les éleveurs fulanis se déplacent de plus en plus au sud, ils sont entrés en conflit avec les agriculteurs chrétiens, en particulier les céréaliculteurs principalement à cause des ressources disponibles.

Comme les fulanis se déplacent au sud à la recherche de pâturage et d’eau, cela intensifie la pression au niveau des maigres ressources disponibles (terres, emplois, fonds gouvernementaux).

Les facteurs socio-économiques favorisent les conflits mais le facteur religieux entre aussi en jeu

Même si les conflits ont commencé pour des raisons socio-économiques, les tensions ont ensuite pris une dimension religieuse. Si l’on en croit les études menées par la Conflict Security Analysis Network, cela ferait partie d’une stratégie politique inspirée de la doctrine islamique Dar alIslam qui vise à conduire les non-musulmans sous le règne de l’islam.

Les éleveurs hausa-fulani ne se contentent pas de garder leurs traditions et cultures, mais ils tentent de les imposer par la force aux chrétiens, causant ainsi un déplacement de population interne. Les chiffres sont surprenants : 88% dans l’État de Benue, 70% dans l’État de Taraba et 75% dans l’État de Nasarawa.

Au cours des dernières décennies, les fulanis se sont de plus en plus radicalisés, ayant été encouragés par des fondamentalistes radicaux venant de l’Arabie Saoudite et de l’Iran, afin de favoriser le développement du jihad. Les évêques de kaduna ont un avis très tranché.

« les fulanis veulent séduire les chrétiens, désintégrer le pays, fragiliser l’Évangile et détruire la vie sociale et économique du peuple. Il y a un programme caché visant la majorité chrétienne…(qui) est financé, planifié et réalisé par des agents de déstabilisation ».

Les attaques perpétrées ont été brutales et sont toujours en cours

Selon le centre américain d’études stratégiques sur l’Afrique, entre 2001 et janvier 2017 plus de 60 000 personnes ont trouvé la mort dans de telles violences, des milliers d’autres blessés et des centaines de femmes enlevées. De nombreuses maisons et églises ont été détruites par les fulanis, qui se sont également emparés de larges portions de terrains et de logements.

Open Doors International a noté une augmentation persistante au niveau des violences depuis l’élection de Muhammadu Buhari, lui-même un fulani. Entre 2013 et 2015 il y a eu au moins 6 500 morts dans les états de Kaduna, Plateau, Nasarawa, Benue et Taraba. Selon des sources de la World Watch Monitor, plus de 50 villages ont été attaqués au cours des 12 derniers mois.

L’inaction du gouvernement est fortement critiquée

En mars 2016, la National Christian Elders Forum a exprimé sa consternation quant à « l’inaction du gouvernement fédéral face au massacre et à la destruction causés par les éleveurs fulanis contre les propriétaires de terres légitimes et les agriculteurs à travers le pays ».

Selon l’évêque Joseph Bagobiri « les leaders politiques prennent part pour les fulanis et sont connus pour les appuyer directement ou indirectement ». Selon les évêques catholiques de Kaduna,

« Dans les attentats à Godogodo et à Pasakori, les forces armées ont simplement regardé les incendies de nos maisons. Lorsque les jeunes se sont mobilisés pour refouler les attaquants, les militaires leur ont délibérément bloqué l’accès au village ».

Dans un rapport de la World Watch Monitor, l’analyste Atta Barkindo a déploré l’absence de poursuites contre les coupables, trouve honteux qu’il n’y ait pas eu de dédommagements et qu’aucun dispositif de sécurité n’ait été mis en place en faveur des victimes. Il affirme que le président Buhari a négligé la situation actuelle. Il reproche l’échec des autorités à « sécuriser les frontières, à contrôler la circulation illicite des armes, et à assurer la protection des communautés ».

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