« Le site minier de Cimba regorge de plus 14 tonnes d’or, 16 tonnes d’argent et 36 mille tonnes de cuivre» Son exploitation inquiète les gens

Le Chef de l’Etat a lancé officiellement les travaux d’exploitation d’or, d’argent et de cuivre en commune Mabayi de la province Cibitoke. Pour la population environnante, ces travaux menacent leur survie.

Site minier de Cimba.

« Le site minier de Cimba regorge de plus 14 tonnes d’or, 16 tonnes d’argent et 36 mille tonnes de cuivre», a déclaré le président Nkurunziza. C’était mardi 31 octobre dernier, lors du lancement officiel des activités d’extraction de l’or et des minerais associés du site minier de Cimba. Celui-ci est situé sur la colline Gahoma en commune Mabayi.

L’exploitation et la vente de ces minerais seront effectuées par une société mixte, Tanganyika mining Burundi. Le gouvernement burundais a pris des parts dans la société russe Tanganyika Gold. Il compte investir jusqu’à 15 %.

D’après le numéro Un Burundais, les activités d’exploitation s’étendront sur une superficie de 500 km2. Et de confier que la durée du permis d’exploitation est de 25 ans.

Il n’a pas oublié de mettre en garde les orpailleurs clandestins : « Des mesures vont bientôt être prises. » Les sociétés qui n’ont pas encore achevé les prospections doivent le faire dans un délai de six mois.

Les habitants de Gahoma désemparés

Lundi 6 novembre. Ils sont plus d’une centaine rassemblés tout près du site minier de Cimba. Mais leurs objectifs divergent. Certains cherchent de l’emploi. D’autres attendent impatiemment des indemnités.

Charles Hacimana, orpailleur habitant de la colline Gahoma, désespéré, ne mâche pas ses mots : « Les activités Tanganyika mining Burundi menacent la survie des habitants de notre colline. » L’administration a interdit l’exploitation artisanale des minerais, seul gagne-pain de la majorité de la population.

Il estime que plus de 90 % des habitants de cette localité vivaient de la recherche d’or. Les habitants de Gahoma ne cultivent pas ni ne font des études. «Depuis cette interdiction, ils sont désœuvrés.»

M. Hacimana appelle le gouvernement à faire la délimitation physique du périmètre d’exploitation de Tanganyika mining Burundi. « Ceci permettra aux orpailleurs locaux de délocaliser leurs activités extractives, en dehors de la zone interdite. » Et de prévenir : « Si la situation demeure inchangée, nous allons bientôt mourir de faim. »

Pascal Vyagizimana, un autre orpailleur, dénonce un mode de calcul aléatoire des indemnités. L’entreprise exploitrice ne se fonde sur aucune base légale. « Les représentants de Tanganyika mining burundi fixent unilatéralement le montant sans le consentement des habitants.»

Par ailleurs, il soutient que le responsable chargé de calcul des indemnités exige un pot de vin pour qu’un dossier avance plus vite. Sinon l’attente est de plusieurs jours. « J’attends des indemnités depuis un mois, en vain. » Il fait savoir que l’on donne 1500 Fbu par m2 pour des champs de cultures vivrières. Pour des bananeraies, l’indemnité pour chaque tas de bananiers est de 1500 Fbu. « Qu’est-ce qu’on peut acheter avec 1500 Fbu ?»

Jacques Bimenyimana, lui-même de la colline Gahoma, désapprouve également l’interdiction d’extraire des minerais par des orpailleurs locaux regroupés dans des coopératives. « Cette mesure est injuste. » Il rappelle que l’octroi du permis d’exploitation à une coopérative exige le paiement de 23 millions de Fbu. Mais l’administrateur de la commune Mabayi parle plutôt de 12 millions de Fbu.

M. Bimenyimana déplore aussi la politique d’embauche de Tanganyika mining Burundi. Cette entreprise recrute en majorité des personnes non originaires de Gahoma. « Ceci est contraire aux promesses du chef de l’Etat. » Dans son discours, affirme-t-il, il a souligné que la main d’œuvre locale sera privilégiée.

Jean Marie Nahimana, chef de colline Gahoma, soutient que les indemnités versées à la population sont dérisoires. « Elles ne représentent pas la valeur des biens détruits. » Les indemnités arrivent également avec des retards.

M. Nahimana craint également le risque d’une famine sur sa colline. « La plupart des habitants n’ont pas labouré leurs champs au cours de la saison culturale en cours. » Ils redoutent que leurs cultures ne soient détruites pour l’exploitation de l’or.

L’administration jubile

Des regards inquisiteurs.

«L’exploitation industrielle des minerais entraînera sans doute le développement de notre commune», indique Pascal Basarurwuzuye, administrateur de la commune Mabayi.

La société Tanganyika mining Burundi devra payer une taxe annuelle de 50 mille USD à la commune. Elle contribuera également aux travaux de développement. Surtout la construction des infrastructures telles des écoles, des hôpitaux…

M. Basarurwuzuye tranquillise les habitants de la colline Gahoma : « Les indemnités seront bientôt distribuées. » Il reconnaît que les indemnités versées, lors des activités de forage et de traçage des routes, étaient dérisoires. Avec l’exploitation, il se dit optimiste quant à leur relèvement.

L’administrateur de la commune Mabayi tient à souligner que les activités des coopératives continuent normalement en dehors du périmètre octroyé à Tanganyika mining Burundi. Il évoque neuf coopératives minières qui sont à l’œuvre en commune Mabayi.

Mais, nuance-t-il, toute coopérative minière qui veut exercer dans sa commune doit préalablement bénéficier de l’aval de Tanganyika mining Burundi. Celle-ci atteste que cette coopérative n’exploite pas un terrain dont le droit d’exploitation lui est reconnu.

Pour Tony Ndaboroheye, directeur général adjoint de Tanganyika Gold, les accusations des habitants de la colline Gahoma ne sont pas fondées. «Toutes les indemnités pour les travaux de forage et de traçage des routes ont été versées en bonne et due forme. »

M. Ndaboroheye soutient que les indemnités ne sont pas du tout dérisoires : « Elles se calculent forfaitairement par consentement mutuel entre les représentants de la société et le propriétaire du terrain occupé. »

Ce responsable précise le partage des retombées entre l’Etat et sa société : « Elle devra payer une taxe de 5 % de la valeur sur tous les minerais exportés. Et 30 % des bénéfices réalisés à la fin de chaque année.» Les devises générées par l’exportation des minerais seront rapatriées à la banque centrale.

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