Le premier-vice-président de l’assemblée nationale parle d’un retrait unilatéral de sa garde militaire. Il y voit une intention de nuire du parti au pouvoir.

Agathon Rwasa déplore ce qu’il qualifie de persécution orchestrée par le Cndd-Fdd. En cause, le retrait sans explication des militaires qui lui servaient de gardes. Des policiers sont venus en remplacement de ces derniers. Mais le premier vice-président de l’Assemblée nationale ne leur fait pas confiance.

Ce leader de l’opposition burundaise voit dans cette décision unilatérale un moyen de le déstabiliser. Il parle d’un pays où le pluralisme n’a plus de place, aucune voix dissonante n’est tolérée. Il s’est librement exprimé lors du 4ème round des pourparlers inter-burundais à Arusha en Tanzanie. Depuis lors, des voix se sont élevées pour contester de plus en plus cet homme qui apparaît pour le parti au pouvoir comme le véritable danger. « L’on cherche à me contraindre à l’exil ou alors pire : à me nuire,» affirme Agathon Rwasa.

Pour Agathon Rwasa, les militaires ont commencé à assurer sa garde en 2015. Il avait subi des menaces de mort très sérieuses. C’était dans un contexte d’un mauvais précédent en 2o10. Il avait échappé in extremis à un attentat.

Les inquiétudes de ce leader de l’opposition sont connues du gouvernement. Agathon Rwasa a adressé une correspondance au chef d’Etat-major général. Il a relevé que ce moment de turbulences politiques ne prêtait pas à un tel changement. Il a par la suite envoyé une correspondance au facilitateur avec une copie aux chefs d’Etat de l’EAC ainsi qu’aux différents diplomates. Ce député a ainsi parlé de campagne de diabolisation, d’intimidation et de menaces du Cndd-Fdd contre lui et contre toute opposition de Bujumbura.

En tout cas le ton monte du côté du pouvoir comme de l’opposition à la veille du référendum de révision de la Constitution. Plusieurs arrestations ont été opérées contre ceux qui battent campagne pour un non à l’amendement de la loi mère.

Gaspard Baratuza: « Logique d’harmonisation »

Pour le porte-parole du ministère de la Défense, Agathon Rwasa ne doit pas s’inquiéter. « Ce n’est pas lui retirer sa sécurité, la garde militaire sera relayée par des policiers à effectif égal.» Selon Gaspard Baratuza, c’est dans une logique d’harmonisation de la sécurité pour toutes les personnalités du parlement. Il explique que les autres membres des bureaux du parlement ont tous comme gardes des policiers. Pour lui, la sécurité du premier vice-président de l’Assemblée nationale ne doit pas être exceptionnelle. Tout autre raison avancée par cet officier est « la sécurisation des frontières nationales. » C’est la mission première de l’armée, justifie-il. Le retrait des militaires, s’inscrit donc aussi pour lui, dans une logique de les ramener à cette obligation principale.

Quid des gardes des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat ?

« Le président de l’Assemblée nationale et du Sénat n’ont jamais eu comme garde rapprochée des militaires »

Interrogée sur la récente mesure du chef d’Etat -major de remplacer les militaires gardant le député Agathon Rwasa par des policiers, une source confie que bien que cela laisse à penser à d’autres visées, Pascal Nyabenda et Révérien Ndikuriyo, depuis leur entrée en fonction, ont toujours eu les policiers comme garde rapprochée. Ceci, explique-t-il, parce que la procédure veut que les mandataires politiques soient protégés par des policiers et les membres de l’exécutif par des militaires. Et de nuancer aussitôt : « En fonction de son rang protocolaire ou s’il estime que sa sécurité est menacée, un député ou un ministre peut bénéficier d’un nombre élevé de gardes du corps. » Dans des cas échéants, la source appuie qu’une dérogation spéciale permet de s’entourer d’ « hommes de confiance. » Sinon, insiste-t-il, la procédure se veut telle.

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