« Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait »

Ce passage de l’Évangile de Mathieu « Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait » (5 :48) est bien connu de tous les chrétiens, et surtout pour son côté redoutable, à première vue. Je dirais même qu’il est profondément troublant, n’est-ce pas? : « Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait ». L’idée même qu’un chrétien se mette en tête d’atteindre un si haut niveau de perfection relève littéralement du délire. Indirectement, ce passage met également en lumière la distance qui nous sépare des perfections divines. Bref, c’est une aventure impossible. Mais voilà tout le problème, ce passage n’est pas présenté comme une option, mais comme une exigence de Jésus lui-même. Que faire alors?

Y a-t-il quelque chose qui nous échappe?

Un des problèmes communs à bien des lecteurs de la Bible consiste à isoler un passage biblique du contexte auquel il appartient. Bien évidemment, un passage sorti de son contexte peut être utilisé pour lui faire dire tout qui nous plaira bien de lui faire dire. Combien de prédicateurs utiliseront ce passage de l’Évangile pour exhorter leur congrégation à un peu plus de sainteté? Comme si le message de l’Évangile se résumait à faire notre gros possible pour être semblable à Dieu. En plus, ce passage ne nous demande pas seulement de s’améliorer, mais bien d’être aussi parfait que le Père céleste.

Utiliser ce texte de Mathieu pour exhorter les chrétiens à ne plus pécher, abaisse la valeur de son contenu à une règle morale singulière. Si donc, Dieu dans sa sainte perfection ne peut pas pécher, alors, nous aussi comme enfants de Dieu ne devrions plus pécher. Et si en plus nous l’associons au passage suivant : « 15 Mais, puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite, selon qu’il est écrit : 16 Vous serez saints, car je suis saint. » 1 Pierre 1 : 15-16.

Si l’apôtre Pierre exhorte effectivement les chrétiens à veiller sur leur conduite, Jésus lui, dans Mathieu 5, parle plutôt de générosité dans l’amour. Quant à Pierre, il ne demande pas aux enfants de Dieu d’être parfaits comme Dieu est parfait, mais d’avoir une conduite qui convient à quiconque se dit enfant de Dieu. Le contexte est clairement moral ici, surtout si on tient compte du verset précédent: « 14 ne vous conformez pas aux convoitises que vous aviez autrefois, quand vous étiez dans l’ignorance. » On le voit bien dans le texte de Pierre, il est question des convoitises qui affectent la qualité morale de notre comportement. Mais dans Mathieu 5 : 48, Jésus ne traite pas des convoitises, mais de l’attitude du croyant face à ceux qui demandent de faire le mille de plus. Mais surtout, Jésus met l’emphase sur une idée très importante : la générosité ne doit pas viser seulement ceux qui peuvent nous le rendre, mais aussi ceux qui ne le méritent pas. C’est, je crois, l’élément fort de ce texte.

Transformés en la même image

L’apôtre Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens (3 : 18) déclare ceci : « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit. » Par les bienfaits de l’œuvre de Jésus-Christ à la croix nous sommes certainement rendus semblables au Seigneur dans la mesure où cet avantage ne relève pas d’une intention humaine, mais divine. C’est l’œuvre de Dieu de nous transformer à l’image de Christ et non le fruit des efforts de l’homme, même rempli de l’esprit. Mais alors, qu’est-ce que Jésus à voulu nous dire lorsqu’il déclare : « Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

Mathieu 5 : 40-48

« 38 Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil, et dent pour dent. 39 Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. 40 Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. 41 Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. 42 Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi. 43 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 44 Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, 45 afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. 46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même ? 47 Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens aussi n’agissent-ils pas de même ? 48 Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. »

De quoi s’agit-il ici?

La déclaration de Jésus : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. », est l’élément final d’une instruction sur l’amour du prochain. Elle conclut un enseignement de Jésus débuté au verset 38. Et de quoi s’agit-il? On y trouve plusieurs exemples qui visent le développement d’une attitude du cœur : être généreux envers l’autre sans rien attendre en retour. Il est question de générosité dans ce texte. Mais aussi, Jésus demande (verset 43) de ne pas répondre à la haine par la haine, mais d’aimer plutôt. On le voit bien ici, la perfection recherchée n’implique pas un combat contre les convoitises et le péché.

C’est à partir du verset 45 que le texte s’éclaire davantage : « afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » Le Père donne généreusement et gracieusement sans tenir compte du niveau de bonté ou de méchanceté de ceux qui reçoivent. Les versets 46 et 47 mentionnent une idée toute simple : il n’y a rien d’extraordinaire à donner à des gens qui sont en mesure de nous rendre la pareille, cela, tout le monde le fait, même les méchants entre eux agissent de la sorte. Là où la générosité est rendue « parfaite », c’est lorsque nous donnons à des gens qui ne pourront jamais nous rembourser.

Parfait = mature

Une des clés pour la compréhension de ce passage se trouve dans la signification du mot « parfait » dans le texte grec. Ce mot est « τελειος = teleios » signifie : finalité, complet, maturité. Dans le contexte de Mathieu 5 : 38-48, ce mot ne parle pas de perfection dans le sens moral ou spirituel du terme. Ce mot ne veut pas dire d’être parfait dans le sens de ne pas faire d’erreurs. Le mot « teleios » nous parle de la finalité d’une chose, c’est-à-dire, la raison finale pour laquelle une chose existe. Par exemple, la finalité de l’œil consiste à faire en sorte que l’œil voit, et il en va de même pour tous les 5 sens. Autre exemple, la finalité d’une automobile est de transporter des gens. Donc, toute chose existe en fonction d’une finalité qui lui est propre.

Lorsque Jésus nous dit d’être parfaits comme le Père céleste est parfait, il veut simplement nous montrer que l’une des « finalités » de l’amour du Père consiste à aimer les hommes sans tenir compte de ce qu’ils sont ou ne sont pas. L’amour de Dieu est mature, parfait dans le sens où il rencontre parfaitement l’objet de sa finalité. Autrement dit, dans le domaine de l’amour pour l’autre, soyons matures (parfait) de la même maturité que le Père qui est dans les cieux. Donc, aimons les gens sans rien attendre en retour.

Conclusion

Nous tous qui sommes chrétiens savons que le don de la vie éternelle est un don immérité de Dieu. Cet amour mature « teleios » nous a été manifesté sans que nous puissions trouver en nous un quelconque mérite. De la même manière, Jésus nous dit, soyez généreux et gracieux de cette même grâce qui vous a été accordée par le Père. Effectivement, c’est à cette attitude que nous distinguons un chrétien mature de celui qui ne l’est pas, c’est-à-dire : savoir accorder aux autres la grâce et la miséricorde qui lui a été accordé de la part de Dieu.

Jean 13 : 34-35

« 34 Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. 35 A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

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