RD Congo : et si le pape François s’en mêlait

DÉCRYPTAGE. En nommant Mgr Fridolin Ambongo à la place de Mgr Laurent Monsengwo, le Saint-Père envoie un message de fermeté au pouvoir de Kabila en guerre ouverte contre l’Église catholique.

« Fridolin Ambongo, c’est Laurent Monsengwo en plus jeune et en plus intransigeant », dit un responsable de la Curie au Vatican qui l’a longtemps côtoyé. L’actuel archevêque de Mbandanka-Bikoro dans la province de l’Équateur a été nommé par le Vatican, mardi 6 février, archevêque coadjuteur de Kinshasa, c’est-à-dire auxiliaire dans le jargon pontifical, et donc successeur désigné du cardinal Laurent Monsengwo, conformément au canon 403 du Code de droit canonique, à la tête de l’archevêché de Kinshasa mais également comme membre du C9, un comité de neuf cardinaux que le pape consulte tous les trois mois pour gouverner l’Église.

Fermeté et autorité

Né le 24 janvier 1960 à Boto, une commune de la ville de Gbadolite dans le nord-ouest de la RDC, à la frontière centrafricaine, Mgr Fridolin Ambongo Besungu n’est pas un inconnu – loin s’en faut – pour les Congolais. Après des études de philosophie et de théologie à Kinshasa, il poursuit son cursus à Rome où il soutient une thèse de doctorat intitulée « La réhabilitation de l’humain, base du développement vrai au Zaïre » et entre dans l’ordre des frères mineurs capucins avant d’être ordonné prêtre en 1988, puis évêque en 2005. Élu à la tête de plusieurs diocèses, il est bientôt désigné président de la commission justice et paix de la Cenco, l’organe « politique » de l’institution qui gouverne 35 millions de fidèles, avant d’en devenir, en juin 2016, le vice-président. Un poste stratégique et fortement exposé dans lequel il s’illustre à l’occasion de la négociation de l’accord dit de la Saint-Sylvestre, conclu le 31 décembre 2016 entre la majorité et l’opposition en RDC, dont il a été l’un des principaux artisans. « Sans sa fermeté et son autorité, l’accord n’aurait pu être conclu », concède un membre de la majorité présidentielle qui a pris part aux discussions à l’époque.

L’évêque, réputé pour son ton offensif et ses positions tranchées, en exige depuis fermement l’application par le pouvoir qui renâcle toujours à le faire. L’homme est en effet connu pour son franc-parler. En témoignent les propos tenus, après sa nomination, à la radio allemande Deutsche Welle. « Je continuerai la même mission que celle du cardinal Monsengwo », prévient Mgr Ambongo, car, poursuit-il, « l’alternance démocratique […] est un objectif pour l’ensemble du peuple congolais ». D’ailleurs, précise-t-il : « La question de la candidature du président Joseph Kabila ne se pose pas. Il a terminé son deuxième mandat constitutionnel et la Constitution est claire. Comment, dès lors, peut-on parler d’un nouveau mandat pour Monsieur Kabila ? » fait mine de s’interroger le prélat. Quant aux violences du pouvoir envers les croyants catholiques qui manifestent pacifiquement, « elles sont inacceptables », tempête-t-il. À ce sujet, début janvier, dans une autre interview à Radio Vatican, Mgr Ambongo avait déjà eu des mots très durs à l’endroit de Joseph Kabila et de son régime. « Si quelqu’un n’a pas de respect pour Dieu le Créateur, comment peut-il en avoir pour l’homme ? » avait-il déploré.

Très critique à l’égard du pouvoir

Pour se rassurer – peut-être – ou manipuler l’opinion – plus probablement –, les responsables de la majorité présidentielle en RDC ont tôt fait d’interpréter la nomination de Mgr Ambongo comme une nouvelle favorable au régime de Joseph Kabila, expliquant que le timing choisi n’était pas anodin, qu’il fallait y voir une sanction déguisée à l’encontre de Mgr Monsengwo à qui il serait reproché de trop vouloir s’immiscer dans la vie politique de son pays. Une analyse qui fait sourire jusqu’au Vatican. Et pour cause, d’une part, la désignation de son successeur était une demande expresse et répétée depuis plusieurs années de Mgr Monsengwo qui approche l’âge canonique de 80 ans ; d’autre part, c’est le cardinal Monsengwo lui-même, en tant que membre du C9, dont il est le seul Africain, qui a orienté le choix du pape vers Mgr Ambongo. « Rien dans la personnalité et le parcours de l’archevêque Ambongo ne laisse supposer que le ton de l’Église catholique vis-à-vis du pouvoir en RDC ne s’adoucisse », glisse un membre influent de la Cenco. Bien au contraire. En désignant Mgr Ambongo comme archevêque coadjuteur de Kinshasa, le pape François adresse un message de fermeté à l’endroit de Joseph Kabila.

Très critique envers le pouvoir, Monseigneur Ambongo est celui qui a porté le message de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) au mois de juin dernier. Intitulé « Le pays va très mal, debout Congolais ! », ce message sous forme de brûlot pour les autorités du pays, qui en ont été hautement irritées, est un véritable appel à la mobilisation populaire dans lequel le prélat invite le peuple congolais à se prendre en charge. Un message repris à son compte aujourd’hui par le Comité laïc de coordination, un mouvement proche de l’Église catholique, qui a déjà organisé deux journées de mobilisation très suivies en l’espace de quelques semaines, le 31 décembre 2017 et le 21 janvier 2018. Une mobilisation largement soutenue et encouragée par Mgr Ambongo. Car ce dernier « ne se contente pas de manier le verbe, il agit beaucoup et dispose d’un entregent important dans les milieux diplomatiques », explique une source au Vatican. En 2015 déjà, il avait demandé aux autorités françaises de faire pression afin de dissuader Joseph Kabila de modifier la Constitution et briguer un nouveau mandat.

« Vous verrez, il sera encore plus redoutable pour le pouvoir en place que son prédécesseur. C’est un habile négociateur mais, au fond, c’est un radical qui ne transige pas sur les principes », prévient l’un de ses coreligionnaires au sein de la Cenco. Une hypothèse hautement probable. Lors de son interview à la Deutsche Welle, l’Archevêque Fridolin Ambongo est revenu sur les propos très durs de Mgr Monsengwo à l’encontre de Joseph Kabila et de son régime. Ce dernier avait appelé les « médiocres » à « dégager » pour que règnent la paix et la justice en RDC. « Je ne vois pas pourquoi l’on s’offusque de ces mots », a sobrement commenté Mgr Ambongo. Le président (hors mandat) RD congolais est prévenu…

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