Désiré Manirakiza : « Cette nouvelle union sacrée risque d’accoucher d’une souris.»

D’aucuns se demandent ce que le Forum citoyen, nouveau regroupement des opposants en exil, apportera dans le paysage politique burundais. Difficile à dire. Eclairage avec un spécialiste.

Selon le sociologue Désiré Manirakiza, il serait très difficile de s’attendre à quelque chose de « spectaculaire. »Vouloir interrompre un processus référendaire à moins de deux mois de sa tenue est, pour lui, compliqué. Il se demande « quelles sont les ressources que les opposants vont déployer aujourd’hui et qu’ils n’ont pas mobilisées depuis 2015 ? » Et de lâcher : « A moins d’un miracle, cette nouvelle union sacrée risque d’accoucher d’une souris. »

Il rappelle que jusqu’ici toutes les tentatives de réunification se sont terminées en queue de poisson. M. Manirakiza affirme que plusieurs raisons peuvent expliquer ces échecs. Les unes sont structurelles, celles-ci sont à envisager avec l’action du parti au pouvoir dans sa logique monopolistique. « Dans un contexte où il est difficile de diffuser des contenus autres que ceux louant la puissance et la performance étatique, l’opposition est incapable de mener des actions porteuses de promesses. »Dixit toujours le sociologue.

Nonobstant, les raisons les plus fondamentales pour lui sont internes à l’opposition. Cet universitaire fait remarquer que le profil des opposants peut aussi constituer un obstacle. En effet, la plupart d’entre eux ont été toujours des opposants ou bien des anciens hauts cadres du parti au pouvoir. « Le renouvellement sans renouveau de la classe politique fait tache d’huile » atteste-t-il.

Il s’appuie sur le fait que la réussite dans le champ politique dépend de la capacité des mandataires à faire croire aux mandats que les premiers font tous ce qu’ils font ,prennent des risques qu’ils prennent dans l’intérêt exclusif des seconds. Or, la population les a déjà vus à l’œuvre, ce qui au regard du sociologue rend difficile de tenir de tels discours.

Option de la guerre : Difficile

L’angle de communication adopté par l’opposition peut aussi handicaper son combat .Elle a adopté la stratégie de la dénonciation. Elle a tendance à tout dénoncer, mais sans toutefois expliquer suffisamment. Elle continue à entretenir le flou sur ce qu’elle ferait une fois arrivée au pouvoir. La seule proposition que l’opposition semble mieux expliquer est l’enjeu de chasser le Cndd-Fdd au pouvoir. « Peut-elle être considérée comme un projet de société pour la majorité sociale ?»Continue de s’interroger le spécialiste.

L’autre raison est la composition disparate de l’opposition. Le parcours et les aspirations de chacun des membres diffèrent. Ainsi, concilier les différentes idéologies pour produire une action concrète relève d’une ingéniosité hors pair.

Certains membres de l’opposition ont brandi la solution armée comme une voie de sortie. L’activiste Mbonimpa a estimé que « la voie de sortie pacifique est encore possible ». Il a tenu à déconseiller toute personne qui pense à la violence pour venir à bout du système en place au Burundi. Sur ce point l’analyste Manirakiza explique que penser la guerre est une chose, la mener une autre. La faire suppose la disponibilité des moyens colossaux. Encore faudrait- il les avoir. Avec le passé douloureux qu’a connu le Burundi, la population burundaise en a payé un lourd tribut. « Est-elle prête pour un sacrifice supplémentaire ? ». Bonne question.

Publicités