RDC : Moïse Katumbi a bel et bien eu la nationalité italienne pendant 17 ans

Une municipalité du sud de l’Italie a confirmé à Jeune Afrique que « Moïse Katumbi d’Agnano » avait bien détenu la nationalité italienne entre 2000 et 2017. Cette situation, contraire au droit congolais, pourrait porter préjudice à la candidature de l’opposant à l’élection présidentielle, prévue pour décembre prochain.

La rumeur, qui courait depuis plusieurs années, s’est confirmée : Moïse Katumbi Chapwe a bien détenu la nationalité italienne. Le nom de l’un des principaux opposants au président Joseph Kabila apparaît dans le registre de l’état-civil de la mairie de San Vito dei Normanni, une petite ville de 20 000 habitants située dans le sud de l’Italie.

Contactée par Jeune Afrique, la municipalité confirme que l’opposant – qui a choisi le nom de Moïse Katumbi d’Agnano lors de sa demande de naturalisation – a acquis la nationalité italienne le 3 octobre 2000, avant d’y renoncer le 13 janvier 2017. D’après nos informations, l’homme figurant dans le registre est né le 28 décembre 1964, tout comme l’ancien gouverneur du Katanga.

La réponse des services administratifs de San Vito dei Normanni :

Que l’on peut traduire ainsi :

« Suite à votre demande, nous vous informons que, dans les actes d’état-civil de la mairie, il résulte ce qui suit :

– M. Moïse Katumbi d’Agnano :

a acquis la nationalité italienne le 03/10/2000

a perdu la nationalité italienne le 13/01/2017″

« La nationalité congolaise est une et exclusive »

Bien que ce scénario demeure encore sujet à caution, il est probable que Moïse Katumbi ait acquis la nationalité italienne par le biais de son père. Ce dernier est en effet né sur l’île de Rhodes, qui se trouvait, durant l’entre-deux-guerres, sous la domination de l’Italie fasciste. Une parenté dont aurait pu se prévaloir Moïse Katumbi pour acquérir la nationalité italienne, en vertu de la législation en vigueur dans la péninsule.

Si elle peut paraître anecdotique dans d’autres pays, cette double nationalité provisoire soulève un problème majeur au regard du droit congolais. Car la Constitution de 2006 interdit expressément, dans son article 10, la binationalité : « La nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec une autre. »

En ayant acquis la nationalité italienne, Moïse Katumbi a-t-il de facto perdu sa nationalité congolaise ? C’est en tout cas ce que laissait penser, en juin 2017, le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba, qui s’était fait  l’écho, peu avant, de la rumeur d’une double nationalité de Moïse Katumbi.  « Il appartient à M. Katumbi, s’il sait qu’il est dans cette situation, d’enclencher la procédure prévue par la loi pour recouvrer la nationalité congolaise », avait-il alors déclaré à Jeune Afrique.

Boîte de Pandore

Cible privilégiée du régime de Kinshasa, l’opposant a lancé le 12 mars dernier son mouvement « Ensemble pour le changement », en faisant part de son intention de concourir à la prochaine élection présidentielle. Or la Constitution congolaise prévoit, en son article 7,2 que « nul ne peut être candidat à l’élection du Président de la République s’il […] ne possède pas la nationalité congolaise d’origine ».

Dans ces conditions, Moïse Katumbi pourra-t-il concourir au scrutin prévu le 23 décembre prochain ? « Je suis catégorique : tant que Moïse Katumbi n’a pas fait les démarches pour recouvrer sa nationalité d’origine, il ne peut être candidat à l’élection présidentielle », affirme à Jeune Afrique Bob Kabamba, professeur de science politiques et corédacteur de la Constitution congolaise de 2006.

Véritable boîte Pandore, la question de la nationalité des responsables politiques en RDC refait surface de manière récurrente. En novembre 2016, le porte-parole de Moïse Katumbi avait lui-même déclenché une semblable polémique en pointant la situation de Samy Badibanga, nommé Premier ministre un mois auparavant. Celui-ci avait alors déclaré avoir renoncé à sa nationalité belge.

Sollicité à plusieurs reprises, via son entourage, Moïse Katumbi n’a pas souhaité réagir pour le moment. Il y a quelques jours Olivier Kamitatu, son porte-parole, nous confiait : « Pendant dix ans, alors qu’il était député, puis gouverneur du Katanga [à l’époque, il est encore un fidèle du président Joseph Kabila], la majorité présidentielle n’a jamais remis en question le fait qu’il était congolais. C’est seulement maintenant, alors que Moïse Katumbi se lance dans la présidentielle, qu’ils en doutent. »

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