Gina Haspel, la première femme à diriger la CIA

Malgré la polémique sur le recours à la torture, elle a été confirmée de justesse par le Sénat américain…

C’est madame la directrice. Gina Haspel, confirmée jeudi par le Sénat américain, est la première femme à diriger la CIA. Elle a passé plus de trente ans dans l’ombre des opérations clandestines de l’agence américaine du renseignement, une carrière ternie par son rôle dans des programmes controversés de torture après le 11-Septembre.

« Félicitations à notre nouvelle directrice de la CIA », a tweeté le président Donald Trump, après qu’elle a obtenu 54 voix pour et 46 contre, finalement soutenue par six sénateurs démocrates pour prendre la tête de l’agence américaine du renseignement.

« La torture ne marche pas »

Agée de 61 ans, Gina Haspel était jusqu’à présent directrice adjointe de l’agence basée à Langley (Virginie). Elle avait créé la polémique pour avoir dirigé pendant une partie de l’année 2002 une prison secrète de la CIA en Thaïlande, où les détenus suspectés d’appartenir à Al-Qaïda étaient fréquemment torturés. Ils y subissaient des simulacres de noyade (« waterboarding »), une technique illégale selon le code militaire mais autorisée par le président George W. Bush après les attentats du 11-Septembre. Ces techniques ont été définitivement bannies par son successeur Barack Obama.

Devant la commission sénatoriale du renseignement, chargée de valider sa candidature, elle a promis que la CIA ne reprendrait pas ce programme d’interrogatoires, tout en estimant qu’il avait fourni « des informations de valeur » pour empêcher d’autres attentats. Elle a également admis que « la torture ne marche pas ».

Sa nomination a été dénoncée par des associations de défense des droits de l’homme. Pour HRW, c’est la conséquence « de l’échec des Etats-Unis à se confronter aux abus du passé ». Selon l’ACLU, c’est une « tâche sur notre histoire, que nous regretterons ».

Une vie mystérieuse

Elle est née dans le Kentucky (centre-est), dans une famille de cinq enfants issue de la classe moyenne. Elle vit à l’étranger au gré des affectations de son père, membre de l’US Air Force, passe son baccalauréat au Royaume-Uni avant d’intégrer l’Université de Louisville (Kentucky) où elle étudie le journalisme et les langues étrangères (français et espagnol).

Sa biographie lui attribue deux passions : l’équipe de basketball de son ancienne université et le célèbre chanteur country Johnny Cash, « symbole de l’individualisme américain ». Elle rejoint la CIA en 1985. « Je voulais vivre des aventures à l’étranger où je pourrais utiliser mon amour pour les langues étrangères. La CIA me l’a permis », a-t-elle dit.

Elle part d’abord en Afrique, comme officier traitant. Ce poste « était tout droit sorti d’un roman d’espionnage. On ne pouvait pas rêver mieux ». Elle assure avoir « excellé à trouver des informations confidentielles obtenues de la main à la main, dans des cachettes ou par des rencontres dans des rues sombres de capitales du tiers-monde ».

Après avoir appris le russe et le turc, elle se retrouve en Russie et en Europe de l’Est dans les années 1990 puis devient chef de poste en Azerbaïdjan. Elle dirige la traque et l’arrestation de deux djihadistes présumés. Cette opération reste confidentielle mais les dates correspondent aux attentats contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya en 1998. Gina Haspel intègre ensuite le centre antiterroriste de l’Agence. Elle prend son poste le 11 septembre 2001, quand plusieurs attentats font près de 3.000 morts aux Etats-Unis.

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