La Politique du deux poids deux mesures dans la région des grands lacs

Depuis 2015, sur instigation de la France et de la Belgique, l’Union européenne semble décidée à en découdre avec le pouvoir en place au Burundi incarné par le parti CNDD-FDD.

Comme rappel, pour  des raisons du constat du non-respect des valeurs promues par l’Union européenne, le Burundi s’est vue coupée de l’aide au développement. Loin de s’arrêter là, la bataille diplomatique s’est poursuivie au sein des Nations unies et dans toute instance marquée par l’influence de l’UE et de ses pays membres.

Si le Burundi a étonné le monde en opposant aux manœuvres européennes une résistance sans précédent, l’Europe ne désarme pas non plus et fait savoir, dès que l’occasion se présente, qu’elle compte bien poursuivre sa pression jusqu’au bout.

Dernièrement, le référendum sur la révision de la Constitution du Burundi s’est soldé par une participation massive et un vote favorable de plus de 73% des électeurs. Par ce vote, les burundais ont décidé d’orienter l’avenir de leur pays selon leur propre volonté, car personne d’autre n’est mieux qualifiée qu’eux pour le faire à leur place.

Comme à leur habitude depuis 2015, l’Europe et la France en particulier n’ont pas manqué de communiquer leurs désaccords, leurs craintes et leurs alternatives au droit souverain du Peuple burundais.

Pendant ce temps, le Président du Rwanda effectuait une visite d’Etat à Paris et est également attendu à Bruxelles. Rien d’anormal jusque là. La fausse note se trouve plutôt dans la différence de traitement puisque les maux qui sont accusés au Burundi, motifs du gel de la coopération, sont les mêmes que l’Europe et la France accusent au Rwanda.

En effet, du 17 au 18 décembre 2015, le Rwanda a révisé sa constitution, à travers un référendum qui a été sanctionné par un résultat sans appel de 98.3% pour le OUI. L’enjeu principal de cette révision n’était que d’autoriser potentiellement le Président Paul KAGAME à se maintenir au pouvoir pour trois mandats supplémentaires, jusqu’en 2034, à l’âge de 77 ans. Ainsi, le Président Paul KAGAME a été réélu en 2017 pour un troisième mandat de 7 ans à l’issu d’un processus électoral dénoncé pour plusieurs manquements à la démocratie qui ont d’ailleurs caractérisaient le régime du FPR depuis sa prise de pouvoir en 1994. Selon des organisations telles que Human Rights Watch et Amnesty International, le FPR a instauré par la force un climat politique très fermé entretenu par des actes permanents d’intimidation, de peur, de répression des médias et des mouvements politiques d’opposition ainsi que d’assassinats des journalistes et de personnalités d’opposition. A titre illustratif, les cas d’emprisonnement de Victoire INGABIRE UMUHOZA et de Diane RWIGARA ou encore ceux d’assassinat de Patrick KAREGEYA, Jean Damascène HABARUGIRA et Léonard RUGAMBAGE en disent long sur la situation de la démocratie et l’état du respect des droits de l’homme au Rwanda ; ces deux valeurs que l’Europe défend becs et ongles dans ses relations avec le reste du monde.

Evidemment, on comprend que la real politics exige la capacité de pouvoir passer les intérêts avant les principes et les sentiments. C’est d’ailleurs ce qui a poussé le Président Emmanuel MACRON à dépasser les différends qui opposent la France au Rwanda pour accorder son sincère soutien à la candidature de Madame Louise MUSHIKIWABO au poste de Secrétaire Général de l’OIF, malgré la décision du Rwanda de remplacer en 2010 le français par l’anglais comme seule langue d’enseignement public.

Espérons que la récente visite à  Kigali du  russe  Sergei Lavrov, Ministre des affaires étrangères de la Russie, avait pour objectif principal  de dire à  Kagame de cesser de torpiller la paix en Afrique  en général et dans la région des grands lacs en particulier en jouant avec les occidentaux surtout quand on sait que, quelque rusé soit-on, on ne peut jamais adorer deux dieux en même temps : dans le cas présent, les occidentaux et les russes. Peut-être Kagame le pourra-t-il, mais ce sera sans doute une première depuis la fin de la seconde grande guerre.

Cependant, d’après les estimations,  le grand voisin regorgeant plus de 1/5  des  ressources naturelles mondiales les plus convoitées, tout se peut.

Un jour, un ancien ami français à moi, aujourd’hui décédé me dit : « Tu sais Appolinaire ! Le Burundi et le Rwanda sont deux pays des grands lacs maudits à  cause de leur proximité avec le grand Congo et d’avoir été sous la tutelle belge(royaume sans ressources et bâti sur les tensions entre wallons et flamands) , ils n’auront jamais une paix durable, seul Dieu, le Très Haut les sauvera des pièges de l’oiseleur ».

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