La Cirgl n’est pas au mieux de sa forme financière, selon le président du Comité interministériel de l’organisation

La visite d’une délégation du Forum des Parlements de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs, suivie par l’émissaire de l’organisation n’efface pas le malaise. Quasiment muette sur la crise burundaise, la Cirgl ne fait pas rêver.

« Quelles sont les implications de la Cirgl dans la recherche de la solution à la crise burundaise ? » s’interrogent certains officiels après la visite de la délégation parlementaire de cette organisation, suivie par le président de son Comité interministériel.

Dans ses missions, cette organisation veille à la sécurité et la stabilité de la sous-région. Pourtant, en trois ans de crise, les Burundais n’ont pas beaucoup entendu la Cirgl.

Certes, le dialogue inter-burundais a été confié à la Communauté est africaine, mais le silence assourdissant de la Cirgl est pointé du doigt.

Le week-end dernier, le secrétaire exécutif s’est insurgé contre ces critiques. D’après lui, la Cirgl ne pratique pas ce qu’il a qualifié en anglais de « Megaphone diplomacy ». L’organisation privilégierait ‘la diplomatie en coulisse’ qui fait moins de bruit dans la presse. Stratégie payante ou pas, les Burundais attendent les résultats qui semblent ne pas être au rendez-vous.

Une organisation en pleine crise financière

Mais il semble que l’organisation elle-même n’est pas très en forme. Le président du Comité interministériel de la Cirgl, Jena Claude Gakosso, a reconnu que la Conférence internationale sur la région des Grands-Lacs « a touché le fond ». Les difficultés financières sont énormes et les chefs d’Etat doivent contribuer au soutien financier nécessaire. Selon lui, l’organisation vit ses pires moments et ne peut que remonter la pente, et de conclure : « Il n’y a pas de raison de sombrer dans le pessimisme »

Peut-être que la Cirgl devrait d’abord être elle-même requinquée pour proposer ses services à un pays membre.

La dynamique d’intégration de La conférence internationale sur la région des Grands lacs

– Créée en 2007, cette organisation compte 12 pays : Angola, Burundi, RCA, Congo, RDC, Kenya, Ouganda, Rwanda, Soudan, Soudan du Sud, Tanzanie, Zambie.

-Son grand succès : avoir joué un rôle important dans le dénouement de la crise dite du M23. L’idée de la force neutre proposée par la Cirgl a été reprise par le Conseil de sécurité de l’ONU et a débouché sur la création de la brigade d’intervention de la MONUSCO avec un mandat offensif.

-L’appui de cette brigade aux forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) a permis de démanteler militairement le M23 en novembre 2013.

– Elle a mis en place un Mécanisme conjoint de vérification des frontières entre le Rwanda, l’Ouganda et la RDC  pour consolider la paix dans la sous-région.

-La Cirgl a créé un Centre régional de fusion des renseignements ayant son siège à Goma,

-Elle demeure néanmoins une organisation sous régionale plutôt timide sans réelle capacité d’adopter des sanctions à l’endroit de ses États membres violant son traité fondateur.

Analyse/ Des organisations très faibles

Le drame burundais se joue sur une scène régionale où les acteurs principaux qui devraient faire bouger les choses ont les mains liées. Ils ont pratiquement tous révisé la Constitution chez eux et veulent se maintenir au pouvoir. Bref, la sous-région manque cruellement d’un Mandela ou d’un Nyerere, ces hommes de poigne, charismatiques qui ont véritablement aidé le Burundi à sortir de la crise dans les années 2000. Certains analystes signalent également le problème d’autonomie financière. Vivant grâce aux fonds des différents bailleurs, souvent accompagnés de conditions, ces organisations régionales disposent finalement d’une faible marge de manœuvres pour insuffler un souffle positif dans la résolution de la crise. Il faut le dire, les efforts internationaux et régionaux ont du mal à donner des résultats. Le dialogue externe sous la houlette de l’EAC est en panne. La CIRGL semble jouer aux abonnés absents. Au final, d’une main de fer, c’est Bujumbura qui se donne les moyens de renforcer ces assises à l’intérieur du pays. La majeure partie de l’opposition et la société civile en exil ont du mal à s’organiser en protagonistes forts face au pouvoir en place. L’opposition interne quant à elle se brûle constamment les ailes en voulant voler plus haut que l’Aigle. Au final, l’opposition quasi impuissante se braque et le pouvoir en place, sûr de gagner ce duel ne cède d’un iota. Au regard de ces faits, il apparaît clairement que les Burundais sont appelés à plus de lucidité et laver ses linges sales en famille.