Au Zimbabwe, l’armée tire sur les partisans de l’opposition

Trois personnes ont été tuées lors de manifestations postélectorales par l’armée qui a tiré à balles réelles sur des partisans de l’opposition qui dénonçaient des fraudes aux scrutins de lundi.

L’essentiel

Des élections présidentielles, législatives et municipales ont eu lieu lundi 30 juillet, les premières depuis la chute du président Robert Mugabe, tombé en novembre après près de quatre décennies au pouvoir.

Les résultats officiels de la présidentielle ne sont pas encore connus, mais l’opposition a revendiqué la victoire de son candidat, Nelson Chamisa, dès le premier tour.

Le parti au pouvoir a quant à lui remporté la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale, mais l’opposition accuse la commission électorale de fraudes.

Les partisans de l’opposition sont descendus dans la rue, mercredi, et des affrontements violents ont éclaté avec la police.

Lendemain d’élection sanglant au Zimbabwe. Au moins trois personnes ont été tuées lors de manifestations postélectorales, mercredi 1er août à Harare, la capitale, a annoncé la police, par l’armée qui a tiré à balles réelles contre des partisans de l’opposition qui dénonçaient des fraudes aux scrutins de lundi.

Auparavant, un photographe de l’Agence France-Presse avait fait état d’un homme tombé sous les tirs des militaires. Plus tôt dans la journée, la police avait fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour tenter de disperser la foule, massée devant des bureaux temporaires de la commission électorale, qui a riposté par des jets de pierres.

« On ne veut pas les soldats dans la rue. Ils ne vont pas nous faire taire avec leurs fusils », avait prévenu Beridge Takaendesa, un ancien agent immobilier de 43 ans. Jean-Philippe Rémy, envoyé spécial du Monde, a publié sur son compte Twitter des images prises dans les rues de la capitale.

« Aujourd’hui, nous avons vu le déploiement de chars et des tirs à balle réelle sans raison apparente », a dénoncé le porte-parole du principal parti d’opposition, le Movement for Democratic Change (MDC – « Mouvement pour le changement démocratique »), Nkululeko Sibanda. « Nous condamnons dans les termes les plus forts (…) la brutalité dont nous avons été victimes aujourd’hui sans aucune raison », a-t-il ajouté.

Plus tôt dans la journée, le président Emmerson Mnangagwa, qui a succédé en novembre à Robert Mugabe, écarté après trente-sept au pouvoir par un coup de force de l’armée et de son parti, avait lancé un appel au calme.

« Le temps est venu de faire preuve de responsabilité et, par-dessus tout, le temps de la paix est venu. En cette période cruciale, j’appelle tout le monde à cesser de faire des déclarations provocatrices (…). Nous devons faire preuve de patience et de maturité » en attendant les résultats définitifs, a-t-il ajouté sur Twitter.

De son côté, l’ambassade des Etats-Unis à Harare a appelé l’armée zimbabwéenne à « faire preuve de retenue quand elle disperse les manifestants », se disant « profondément inquiète » des derniers développements dans le pays.