Drame de l’esclavage moderne: 16 morts en deux jours dans les Pouilles

Seize ouvriers agricoles étrangers sont morts en 48 heures dans deux collisions entre des fourgonnettes revenant des champs et des camions transportant des tomates en pleine saison des récoltes dans le sud de l’Italie, un drame révélateur de la situation précaire de ces travailleurs face à laquelle le gouvernement a promis de réagir.

Samedi après-midi, quatre Africains sont morts et quatre autres ont été grièvement blessés dans un accident et, lundi après-midi, une autre fourgonnette s’est retrouvée projetée par un camion: aucun de ses douze occupants, tous des étrangers, n’a survécu.

Conditions de travail

Les deux accidents ont eu lieu dans la région de Foggia, dans les Pouilles, où des milliers d’ouvriers agricoles africains mais aussi polonais, bulgares ou roumains passent l’été à ramasser les tomates sous un soleil de plomb. Bien qu’ils soient en général tous en situation régulière, rares sont ceux qui bénéficient des conditions de travail et de rémunération requises par la loi et beaucoup logent dans des squats ou des bidonvilles.

Recruteurs liés à la mafia

Et ils sont souvent à la merci des « caporali », des recruteurs parfois liés aux réseaux mafieux, qui organisent leur transport et prélèvent une partie de leur rémunération. Pour s’en affranchir, les ouvriers agricoles essaient souvent de s’organiser de manière autonome, à vélo ou dans des véhicules faits de bric et de broc. Depuis des années, les syndicats et les associations qui viennent en aide aux travailleurs migrants réclament la mise en place d’un système de transports publics pendant la haute saison des récoltes autour de Foggia.

Mise en place difficile

Le président de la région des Pouilles, Michele Emiliano, un membre de l’aile gauche du Parti démocrate, a expliqué lundi que la région avait prévu un budget à cet effet. « Mais pour le mettre en place, nous avons besoin de la collaboration des exploitations agricoles, qui doivent en faire la demande dans la plus grande transparence, en communiquant le nombre des travailleurs, les horaires de travail et les trajets. Cela n’est jamais arrivé jusqu’à présent », a-t-il regretté. Les exploitants agricoles sont en effet eux-mêmes soumis à la pression de la grande distribution pour faire baisser les prix.

Réactions politiques

Luigi Di Maio, ministre du Travail et chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste), allié à la Ligue (extrême droite), a promis lundi d’augmenter au plus vite le nombre des inspecteurs. « Il est nécessaire de supprimer une fois pour toute la plaie des ‘caporali’. Un système honteux qui exploite le désespoir de personnes prêtes à tout pour travailler », a-t-il affirmé. Le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, a annoncé lundi soir qu’il se rendrait mardi à Foggia pour exprimer la solidarité du gouvernement.

Journée de grève

Au cours d’une assemblée organisée dimanche, après le premier accident, dans l’un des bidonvilles de la région, des dizaines d’ouvriers agricoles africains ont décidé d’observer une journée de grève mercredi, a annoncé Aboubakar Soumahoro, un délégué du syndicat USB.

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