Les Iraniens secoués, mais unis, après l’attentat à Ahvaz faisant 29 morts

Réformateurs et conservateurs font bloc après l’attaque survenue samedi lors d’un défilé militaire et qui a fait au moins 29 morts.

Ce 22 septembre, à la nuit tombée, la vie reprend son cours dans la ville d’Ahvaz, frappée quelques heures plus tôt par un attentat. Dans les hôpitaux de la ville, pourtant, hommes et femmes attendent toujours les nouvelles de leurs proches qui étaient présents lors du défilé militaire ciblé par l’attaque qui a fait au moins 29 victimes dans la matinée.

La liste publiée par les autorités mentionne 25 noms : des membres des gardiens de la révolution (l’armée d’élite) et du bassidj (les miliciens volontaires), mais aussi des simples soldats faisant pour certains leur service militaire, obligatoire en Iran, ainsi qu’un garçon de 4 ans. Quatre corps ne sont toujours pas identifiés.

Alors que la République islamique commémorait ce samedi le déclenchement par Bagdad de la guerre entre l’Iran et l’Irak (1980-1988), quatre hommes en uniformes ont ouvert le feu sur les militaires et la foule venue assister à la parade. Selon les officiels, les assaillants ont tous été tués. L’attaque a aussi fait une soixantaine de blessés, dont des enfants et des femmes.

« A quoi bon tirer sur une foule d’enfants et de femmes ? »

La province du Khouzestan, dont Ahvaz est la capitale, est notamment peuplée d’arabes sunnites, dans un pays majoritairement chiite et perse. Très riche en pétrole, cette zone a été grandement ravagée par la guerre Iran-Irak. Or, la lenteur du processus de reconstruction et, depuis quelques années, les problèmes écologiques, frustrent les habitants. « Les dirigeants s’occupent beaucoup de la capitale. Ce n’est pas notre cas », se désole Maryam, une habitante d’Ahvaz de 35 ans.

Mais pour cette militante écologiste, le manque d’attention des autorités envers sa région ne peut aucunement justifier l’attaque terroriste de samedi : « Bien sûr qu’ici, nous avons beaucoup de problèmes : la pollution atmosphérique, la sécheresse et la pénurie d’eau potable. Mais à quoi bon de tirer sur une foule d’enfants et de femmes ? Même dans une guerre, on ne tue jamais un soldat de dos. »

Pour le moment, deux groupes ont revendiqué l’attaque : le groupe djihadiste Etat islamique et le groupuscule séparatiste arabo-sunnite Al-Ahvazieh, pointé du doigt par Téhéran qui l’accuse d’être financé par l’Arabie saoudite, la rivale sunnite de l’Iran dans la région.

Maryam, elle, croit la version avancée par Téhéran : elle n’a aucun doute que l’Arabie saoudite est très active dans les régions avoisinantes et que, en surfant sur le mécontentement populaire, elle recrute, financièrement et idéologiquement, des Iraniens sunnites et arabes. « Même hier, deux motards ont mis le feu au marais Hawizeh dans le Khouzestan. L’incendie a été contrôlé, mais je pense fortement que les motards et les auteurs de l’attentat de ce matin appartiennent tous au même groupe et que leur but est de semer le trouble dans la région. »

Des craintes pour la stabilité de l’Iran

Sur les réseaux sociaux, l’attaque terroriste a uni bien des Iraniens, qu’ils soient réformistes ou conservateurs. Tous craignent que le pays sombre dans l’insécurité et l’instabilité. Pour beaucoup de ces internautes, il s’agit d’un complot orchestré par « le triangle » formé par le président des Etats-Unis Donald Trump, son homologue israélien Benjamin Nétanyahou, le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, cherchant « la dislocation de l’Iran ».

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