Gihanga : Un couvre-feu qui ne dit pas son nom

Les habitants de la commune Gihanga accusent des Imbonerakure de les tabasser et de les racketter, depuis un mois, sous prétexte qu’ils violent un couvre-feu. Le gouverneur promet une solution prochainement.

Chef-lieu de la commune Gihanga, à 26km au nord-ouest de la capitale. Les rues grouillent de monde. Taxis et motos desservant la commune vers d’autres localités circulent comme à l’accoutumée. Boutiques et autres commerces sont ouverts, le long de la route menant au marché de la place. Tout va bien aux premiers abords, sauf que la nuit tombée, la tranquillité fait place à la terreur.

Gare à ceux qui circulent au-delà de 20h, s’ils tombent sur des jeunes qui patrouillent la nuit. Certains sont conduits à la brigade de la police et en sortent moyennant versement d’une amende allant de 20 à 50 mille BIF, d’autres sont tout battus à mort.

C’est ce qui est arrivé à Pascal Manirakiza (la trentaine) rencontré devant le bureau communal, en cette matinée du lundi 17 août, où il a rendez-vous avec l’administrateur communal. Il veut porter plainte contre ceux qu’il appelle ses agresseurs. Oeil gauche tuméfié, l’homme a même du mal à s’exprimer. Des traces de coups sont visibles dans le dos. « Je n’arrive pas à dormir. Mon dos me fait très mal », laisse-t-il échapper à bout de souffle.

Ce père de quatre enfants accuse Egide Nduwimana, chef du secteur, et un certain Claude de lui avoir infligé des coups presque mortels : « Je suis tombé sur eux alors que je venais de la maison d’un ami avec lequel j’avais passé la soirée. » A quelques mètres de sa maison, le chef de secteur et Claude, accompagnés de quatre jeunes qu’il n’a pas reconnus, lui ont intimé l’ordre de s’arrêter et de s’asseoir les mains dans le dos. « Je leur ai demandé ce que j’avais fait de répréhensible sans réponse ».

Passages à tabac et rackets

Tout d’un coup, il raconte qu’ils ont commencé à le frapper à l’aide de barres de fer. « C’est Egide Nduwimana et Claude qui me frappaient pendant que les autres m’immobilisaient au sol ».

Malgré ses cris de détresse, confie ce père de quatre enfants, les coups continuaient de pleuvoir. « Ils n’ont arrêté que lorsque j’ai commencé à saigner au visage ». Alertés par des cris, des policiers interviennent. A leur arrivée, ils intiment l’ordre aux jeunes d’arrêter. A sa surprise, ils lui disent de se relever et d’aller se faire soigner. Il voudrait ainsi porter plainte et surtout demander à l’admistrateur communal de conseiller ces jeunes et ce chef de secteur d’arrêter ces agissements. « Si rien n’est fait, la situation va dégénérer un jour ».

Le même sort, soutient son cousin, est arrivé à un certain fiacre, habitant la 5ème avenue. « Il a été battu chez lui par le même groupe, il y a trois semaines, et personne n’a levé le petit doigt. Depuis, il ne porte qu’un pagne car il a des douleurs sur tout le corps. »

Outre ces passages à tabac devenus presque le lot quotidien des habitants de la ville de Gihanga, nos sources affirment que des amendes sont infligées à ceux qui sont attrapés au-delà de 20h. Deux enseignants en ont fait les frais, la semaine dernière, confient-elles. « Ils ont été arrêtés par le même groupe alors qu’ils étanchaient leur soif chez un ami aux heures du soir. Conduits à la brigade de police, l’homme a versé 50 mille BIF et la femme 20 mille BIF, le lendemain, afin d’être libérés ».

D.M, tenant une boutique, confie que ce couvre-feu a commencé au lendemain d’une attaque à la grenage, le 17 août dernier, au domicile de Léopold Ndayisaba, administrateur communal de Gihanga. « Le lendemain, il a exigé la fermeture de tous les bistrots à 20h et interdit la circulation au-delà de cette heure, lors d’une réunion de sécurité. »

Une solution en perspective

Depuis, confie notre source, les patrouilles de jeunes et d’administratifs à la base, la nuit, se sont transformées en occasion de racketter les gens ou de les tabasser. Et de demander au gouverneur d’intervenir avant que la situation ne dégénère.

Iwacu a contacté le porte-parole de la police et celui du ministère de la Sécurité publique, sans succès. Interrogé, Thérence Nobis Butoyi, gouverneur de Bubanza, ne reconnaît pas l’existence d’un couvre-feu, mais parle d’un redoublement de la vigilance à cause du statut spécial de la ville de Gihanga. « C’est une localité proche de la réserve de la Rukoko où pullulent toutes sortes de malfaiteurs venus de la RDC et y redoubler le contrôle des mouvements le jour comme la nuit demande quelques sacrifices. Mais il n’y a pas de couvre-feu ».

Concernant ceux qui se disent victimes de ceux qui patrouillent la nuit, le numéro Un de Bubanza les appelle à dénoncer ces violations et leurs auteurs auprès des instances habilitées. « Il faut qu’ils me le disent puisqu’ils ont mon numéro. Je n’ai jamais entendu de telles plaintes alors que j’organise des réunions de sécurité, chaque mardi, dans différentes communes. » Et de promettre une solution, lors d’une réunion du 21 août, « J’ai décidé d’organiser une descente avec le procureur et le commissaire de police pour nous entretenir avec la population et les administratifs afin de trouver une solution durable.»

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