Négociations sans belligérants: La facilitation dans la crise burundaise a décidé que la session du 24 au 29 sera la dernière.

La facilitation dans la crise burundaise a décidé que la session du 24 au 29 sera la dernière. Retour sur une facilitation qui peine à convaincre.

Encore un report. La facilitation dans les pourparlers inter-burundais a reporté le dialogue d’une semaine. Raison avancée : « Laisser les Burundais rendre hommage au héros de la démocratie », a indiqué l’assistant du facilitateur dans le conflit burundais, Macocha Tembele.

Si personne ne conteste l’explication, les contestations sur ces reports en cascades ne manquent pas.
Ainsi, pour le Frodebu, Léonce Ngendakumana évoque 8 à 9 reports depuis le début de ces pourparlers. Sceptique, il y voit soit le manque de volonté du gouvernement pour dialoguer ou alors il s’agit d’une incompétence de la facilitation. « Même la négociation et la conclusion de l’Accord d’Arusha n’a pas pris autant de temps».

« L’incompétence » de la médiation. Le mot est lâché. Depuis 2016, l’équipe de Mkapa peine à convaincre sur sa compétence et sa volonté d’aider à régler la crise burundaise. Bien au contraire. La sortie fracassante de Mkapa en décembre 2016 reste dans toutes les mémoires. A la fin de sa visite au Burundi, il avait annoncé que la légitimité de Nkurunziza n’était pas à remettre en question. « Ceux qui croient que je veux remettre en cause la légitimité du président Nkurunziza sont fous.» Cette sortie médiatique sonnera comme un parti pris pour Bujumbura et révoltera l’opposition qui le désavouera et réclamera son départ.

Et lors du sommet de la Communauté est africaine du 20 mai 2017, Benjamin Mkapa donnera un rapport où le mot impasse sera repris à plusieurs reprises. Et cette phrase défaitiste : « Mais où va la médiation par l’EAC dont je facilite le dialogue ? »

Mais pour autant, l’ancien président tanzanien ne va pas démissionner. Mais il aura également des difficultés à suivre son propre programme lors de la 4ème session du dialogue tenue à Ngurdoto, à Arusha en Tanzanie au mois de décembre 2017.

Un agenda qui questionne

La facilitation a montré ses limites en se refusant de suivre son propre programme. Plusieurs plénières étaient prévues pour rassembler les protagonistes dans une même salle et les aider à enterrer la hache de guerre. Les participants ont attendu ce moment qui n’est jamais arrivé. Pourquoi Mkapa a-t-il décidé de refréner ses ambitions et jouer la facilité en n’organisant que des travaux en groupes et en organisant des apartés avec chacun d’eux ?
L’ancien président tanzanien a également surpris par son ambigüité. D’un côté, il a indiqué au début que les participants allaient discuter sur le gouvernement d’unité nationale. Et quelques jours plus tard, il s’emporte en clamant qu’il n’a jamais été question d’un partage de pouvoir ou d’un quelconque gouvernement de Transition.

Dix mois après la dernière session, les protagonistes sont invités par la facilitation pour le dernier round du dialogue. Benjamin Mkapa indique que l’agenda est de préparer la feuille de route pour les élections de 2020.
Il est clair qu’avec l’agenda émis par Mkapa, nous sommes très loin d’une solution aux origines de la crise qui a éclaté en 2015, telles que la conçoivent la société civile et l’opposition en exil. Elles ont toujours clamé que la genèse de la crise commence avec la candidature de Pierre Nkurunziza aux présidentielles de 2015. « Un mandat de trop. » Pour le Cnared et la société civile, le forcing électoral d’alors a mis en place des institutions illégales et illégitimes en violation de l’Accord d’Arusha et de la Constitution qui en est issue.

La médiation est africaine semble avoir fait fi de cette version et on peut se demander pourquoi ?
La réponse serait peut-être à rechercher dans les gesticulations et les tâtonnements de la coalition de l’opposition en exil qui joue en rangs dispersés. Ces déchirements, querelles intestines défraient la chronique. Probablement que cette guerre des égos n’a pas échappé à la communauté internationale en générale et à la facilitation en particulier. Difficile donc de forcer Bujumbura à plus de compromis quand un rapport de force est quasiment déséquilibré.

Le Cnared, du moins sa partie gouvernante semble pour sa part avoir évolué, réajusté sa barque en fonction du courant et du vent. Il a indiqué qu’il va répondre à l’invitation de la facilitation et semble prêt à discuter avec Bujumbura. « Bon sens, ils n’ont pas d’autres cartes à jouer que batailler dur pour rentrer et se préparer aux élections, du moins pour ceux qui veulent continuer à avoir un avenir politique au Burundi,» a indiqué un observateur.

L’autre noyau du Cnared composé de 10 signataires, dont Léonidas Hatungimana, Alexis Sinduhije, Frédéric Bamvuginyumvira, Jérémie Minani, Chauvineau Mugwengezo, Léonard Nyangoma et Charles Nditije ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ont adressé une correspondance au médiateur et au facilitateur dans le conflit burundais.

Dans cette correspondance du 6 octobre, ils se disent inquiets que l’agenda des négociations ne comporte qu’un seul point. « L’origine et la nature de la crise actuelle, ses conséquences et sa gestion, » ont été oubliées. Ces leaders, qui disent avoir constitué « un groupe cohérent et organisé ayant son propre projet de négociation », réclament des invitations de l’opposition de manière à assurer l’inclusivité des prochains pourparlers.

Le premier vice-président de la République pour sa part se félicite de l’agenda proposé par la facilitation. Selon Gaston Sindimwo, pas de temps à perdre. Ce qui reste à faire, c’est organiser le rapatriement des politiques et les réfugiés en exil pour la préparation des élections de 2020.

En tout cas, Bujumbura peut se targuer d’avoir eu l’opposition, la médiation et la communauté internationale à l’usure. Il a su gagner du temps, ne cédant que des miettes, sinon rien du tout. Et à l’intérieur du pays, faisant ce que beau lui chante.

L’opposition ne veut pas du code de procédure pénale autorisant les perquisitions de nuit et sans mandat ? L’Assemblée nationale l’adopte quand-même.

Pas question de toucher à la Constitution ? Le président Nkurunziza convoque le référendum constitutionnel.
Le pouvoir en place, classé mauvais élève par Mkapa dans son rapport de mai 2017, met donc tout le monde devant un fait accompli et avance à grands pas vers les prochaines échéances électorales. C’est à l’opposition et à la médiation de courir aux rythmes effrénés de Bujumbura.

L’ancien président Sylvestre Ntibantunganya conseille pour sa part la classe politique burundaise de se regarder dans la glace et se poser la question de savoir si elle mérite le respect de la population ou son mépris et son questionnement. « La médiation ne peut pas faire ce que nous Burundais ne voulons pas faire ».

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