Après la fusillade de Pittsburgh, les juifs américains sous le choc

Onze personnes, la plupart âgées, ont été tuées dans une synagogue par un suprémaciste blanc antisémite, samedi.

Thomas Holber, 63 ans, fait partie des vieilles familles juives qui s’installèrent dans la cité sidérurgique de Pittsburgh au milieu du XIXe siècle et y prospérèrent dans le quartier cossu de Squirrel Hill. Jusqu’à ce samedi matin 27 octobre, lorsque, au cri de « Tous les Juifs doivent mourir ! », Robert Bowers, 46 ans, est entré dans la synagogue de la congrégation Tree of Life (« arbre de vie ») et a assassiné, avec un fusil d’assaut et trois pistolets, 11 fidèles. « J’ai vu cela en Europe, en Union soviétique, mais je n’ai jamais pensé que cela arriverait en Amérique, s’afflige ce dentiste. Désormais, je regarderai derrière mon épaule et j’identifierai les sorties de secours. »

L’attaque antisémite est la plus meurtrière ayant jamais eu lieu aux Etats-Unis. Le précédent le plus grave remonte à 1985, lorsqu’un homme avait tué quatre membres d’une même famille à Seattle, croyant à tort qu’ils étaient juifs. En 2014, un suprémaciste blanc avait ouvert le feu sur un centre communautaire juif du Kansas, tuant trois personnes. Mais jusqu’à présent, les juifs américains se sentaient protégés. « J’ai été très surprise que cela arrive dans un quartier aussi calme, aussi juif », confie l’étudiante Abigaïl Fowner, 18 ans, venue se recueillir à la mémoire des victimes. Un sentiment partagé par l’ancien rabbin de Tree of Life, Alvin Berkun, interrogé par le New York Times : « Les deux lieux les plus sûrs que je connaisse sont Squirrel Hill et Jérusalem. J’ai vécu aux deux endroits. »

Dimanche soir, en se rendant sur les lieux du drame, on aurait voulu le croire. Une avenue commerçante, avec ses magasins et son centre communautaire juifs – dont la piscine avec ses quelques heures d’ouverture non mixte –, mais aussi des restaurants italiens, des commerces asiatiques et une énorme église protestante. Puis une rue arborée bordée de maisons bourgeoises, et sur la colline, en face de l’université Chatham, la synagogue. Un lieu jusque-là paisible.

« La haine ne nous divisera jamais »

La police a donné le nom des victimes. La plus âgée, Rose Mallinger, avait 97 ans. Lorsque les coups de feu ont retenti, un de ses amis a immédiatement pensé à elle : jamais elle ne manquait un service, arrivant toujours parmi les premiers. Elle a été emportée dans ce qui fut, selon le FBI, une boucherie. Les victimes étaient âgées – le plus jeune avait 54 ans –, notamment parce qu’en ce jour « normal » de shabbat, où aucune mesure de sécurité particulière n’avait été prise, seuls les membres les plus actifs et donc âgés de la communauté étaient présents.

Pittsburgh a fait corps. Les policiers sont intervenus immédiatement – quatre ont été blessés –, à la différence de ce qui s’était passé pour le lycée de Floride en février (19 morts). « Ils ont couru sous le feu pour aider les autres », a salué le chef de la police, Scott Schubert. Une cérémonie œcuménique a été organisée dimanche après-midi, tandis que le maire de la ville, le démocrate Bill Peduto, a appelé au rassemblement : « Nous savons que la haine ne nous divisera jamais. » Cette attitude était patente, à 100 mètres de la synagogue, bouclée par la police : des fleurs et des mots de concorde avaient été déposés, tandis qu’on y croisait des juifs et des non-juifs venus se recueillir.

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