Rwanda : des parties civiles veulent relancer l’instruction sur le massacre de Bisesero

Des rescapés et des associations accusent les soldats français d’avoir abandonné des centaines de Tutsi à leurs bourreaux en juin 1994.

Le dossier est-il définitivement clos ? Près de vingt-cinq ans après le massacre de Bisesero, au Rwanda, lors duquel plus d’un millier de Tutsi ont été assassinés en juin 1994 par des milices hutu, le rôledes militaires français reste contesté.

Lors d’une conférence de presse, vendredi 26 octobre à Paris, la Ligue des droits de l’homme (LDH), l’association Survie et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) ont déclaré avoir envoyé la veille une note au tribunal de grande instance de Paris « pour soulever les manquements constatés dans l’instruction » afin « d’empêcher un enterrement de l’affaire et un déni de justice ».

Cette déclaration au greffe fait suite à la clôture de l’instruction, cet été, après treize années d’investigation. Fin juillet, les trois juges chargés d’enquêter sur l’action de l’armée française à Bisesero ont mis un terme à leur travail sans prononcer de mise en examen à l’encontre des militaires mis en cause.

« Cette fin d’enquête est prématurée car tout n’a pas été fait, déplore Fabrice Tarrit, co-président de Survie. Toutes les pistes n’ont pas été investiguées suffisamment. Ce qui s’est réellement passé à Bisesero est un moyen de faire la lumière sur le rôle qu’a joué l’opération “Turquoise” pendant le génocide et de montrer une des facettes du soutien de la France au régime génocidaire. »

« Incontestablement, les autorités savaient »

La tragédie de Bisesero est l’un des événements le plus sujet à controverse concernant le rôle de la France pendant le génocide des Tutsi, qui a fait 800 000 morts entre avril et juillet 1994.

Que s’est-il réellement passé dans cette chaîne de collines dans l’ouest du Rwanda ? Entre le 27 et le 30 juin 1994, plus d’un millier de Tutsi ont été méthodiquement tués par des miliciens et des soldats gouvernementaux.

Présent dans le cadre de l’opération « Turquoise », une mission sous mandat des Nations unies (ONU) pour « mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force », le premier détachement français n’était qu’à quelques kilomètres de là.

Depuis 2005, six rescapés des massacres, l’association Survie, la FIDH, la LDH et d’autres parties civiles accusent les soldats français d’avoir abandonné des centaines de Tutsi à leurs bourreaux. Les rescapés affirment que les militaires leur ont promis dès le 27 juin de les secourir. Or ceux-ci ne sont intervenus que le 30.

Publicités