Dix (10) dirigeants africains ayant connu une mort effroyable sous la main invisible des occidentaux

Ils sont au-delà de la vingtaine, les dirigeants africains qui ont connu des morts provoquées et atroces.

Si bien des cas d’assassinats continuent de nourrir des mystères sur les circonstances et surtout leurs vrais coupables et commanditaires, il y a comme une heure de vérité qui a sonné depuis près de deux décennies. Les vrais auteurs ou les complices encore de ce monde se livrent à des révélations des plus surprenantes. Ce n’est qu’à l’aune de ces aveux qu’on peut apprécier et oser un classement du degré d’atrocité et d’inhumanité dans lesquelles ils sont passés de l’autre monde. Florilège de dirigeants africains qui ont connu une triste et atroce fin.

1 – Patrice Emery Lumumba, premier martyr de l’indépendance du Congo belgePatrice Lumumba

En prélude à sa disparition, il faut notifier qu’il y a eu son discours du 30 juin 1960 à la cérémonie de l’accession du congo à l’indépendance. en présence du roi baudouin et de toute la représentation diplomatique, patrice lumumba réussira contre toute attente à avoir le micro. ce fut pour lui l’occasion de rappeler au roi belge que l’indépendance n’est pas un cadeau mais plutôt l’aboutissement d’une très longue et sanglante lutte. non seulement, il se passe de toute marque de civilité envers le roi, mais, d’une voix ferme et calme sous les applaudissements de ses compatriotes, il fait le procès de la colonisation belge. c’est là et précisément dans ce discours qu’il s’affiche comme une menace à abattre pour la patrie mère.

«J’ai découpé et dissous dans l’acide le corps de Lumumba. En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut de les découper en morceaux, à la tronçonneuse, avant d’y verser de l’acide. Il n’en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l’odeur ! je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare ». Cette confession publique du belge Gérard Soete en 2002, soit quarante ans après l’assassinat qui défie jusqu’aujourd’hui, toute horreur du catalogue de la méchanceté humaine, a sonné le glas de tout mystère autour de cet assassinat.

D’abord criblé de balles, son corps n’a jamais été retrouvé. pas plus que ceux de deux proches tués avec lui, Joseph Okito et Maurice Mpolo. le 17 janvier 1961, sept mois après l’accession du Congo à l’indépendance, Patrice Lumumba, le premier chef du gouvernement du pays était assassiné près d’Elizabethville (Actuellement Lubumbashi, Sud), capitale de la province alors sécessionniste du Katanga. Dans « The Congo from Leopold to Kabila: A people’s history », Georges Nzongota-Ntalaja, un spécialiste d’études africaines et afro-américaines reconnaît que: «ce crime odieux avait été le point culminant de deux complots d’assassinat liés entre eux par les gouvernements belge et américain qui avaient utilisé des complices congolais et un peloton d’exécution belge pour faire le coup ».

Patrice Emery Lumumba qui n’a pourtant été à la tête du gouvernement du jeune Congo démocratique que pendant deux mois est devenu pour plusieurs générations africaines l’un des plus importants héros du tiers-monde.  « Après sa mort, Lumumba a cessé d’être une personne, il est devenu l’incarnation de l’Afrique ». Jean Paul Sartre ne pouvait dire mieux. 

2 – Amilcar Cabral, trop bon pour les assimilados

Amilcar Cabral

C’était un  20 janvier 1973 qu’Amilcar Cabral a été abattu à Conakry par des membres de son propre parti.

Ils justifieront plus tard leur geste par leur volonté de mettre un terme à l’hégémonie des assimilados (pour la plupart originaire des îles du Cap-Vert) sur le mouvement indépendantiste. Les théories abondent quant à d’éventuels commanditaires de cet assassinat, des plus probables (les colonialistes Portugais) aux plus improbables (le « frère » Ahmed Sékou Touré, président de la Guinée-Conakry).

Quoi qu’il en soit, cet assassinat met à jour l’une des principales contradictions sociales du mouvement de libération national, dont Cabral lui-même était bien conscient, à savoir la coexistence entre la petite-bourgeoise fer de lance de la révolution et le reste de la population. C’est cette même contradiction entre assimilados et Africains qui explique en partie les antagonismes ayant conduit à la longue guerre civile en Angola.

3-  Joao Bernado Vieira, le « don de Dieu » criblé et perforé de balles

Alors qu’il était encore en exercice, Omar Bongo, le défunt président du Gabon, juge cet acte de « nouveau coup à la démocratie » au lendemain de l’assassinat de Joao Bernado Vieira, président de la Guinée Bissau. Lui qui a participé en meneur à toutes les tractations et manœuvres politiques ayant marqué la vie et l’histoire politique de la Guinée Bissau depuis 1960, va finir  un lundi 2 mars 2009 de façon abominable. Après lui avoir plusieurs fois tiré dessus, selon l’écrivain Frederick Forsyth, témoin de l’assassinat, «ils l’ont alors emmené et l’ont découpé en morceaux à la machette ». D’aucuns, surtout ses frères d’armes, l’accusent d’avoir été complice dans l’assassinat de son chef d’Etat-major, intervenu quelques heures plutôt avant le sien, un homme avec lequel il n’entretenait plus de bonnes relations.

Joao Bernado Vieira avait été chassé du pouvoir en 1999 dans une situation de crise sociopolitique par des rebelles armés. De retour d’exil avec une participation aux élections présidentielles de la même année, où il se surnommait le « don de Dieu » pour ce pays classé parmi les plus pauvres du continent, il fut alors réélu pour 5 ans. Son assassinat intervint à moins d’un an de la fin de son mandat en cours.

4 –  Laurent Désiré Kabila, le « Phénix » politique qui ne reviendra plus

16 janvier 1961- 16 janvier 2001. Soit quarante ans jour pour jour après le sanglant assassinat de Patrice Lumumba. C’est ce jour que, vers 13h45, le président Laurent Désiré Kabila aussi sera abattu suite à une fusillade dans son bureau. « Le garde du corps est entré. Plutôt que de murmurer à l’oreille de Kabila, il a rapidement tiré son revolver de son holster et a tiré sur lui, dans le côté gauche du cou, à bout portant. Le président est tombé en arrière. En s’échappant vers la porte, le tueur a tiré deux nouvelles balles dans l’estomac de Kabila. L’une d’elles l’a traversé de part en part et l’autre est venue se loger dans le canapé où j’étais assis».  Ce témoignage d’Emile Mota, le Conseiller économique de Laurent-Désiré Kabila, suscite encore autant d’interrogations que de rumeurs. On apprendra dans les heures qui vont suivre que l’assassin n’est rien d’autre que le garde du corps, Rachidi Kasereka, un enfant soldat. Il sera lui-même tué quelques minutes plus tard  par l’aide de camp du président, un certain Eddy Kapend.

Ce briscard, rescapé de la formation de Che Guevara au Zaïre de l’époque, et  fervent disciple du « lumumbisme » a, depuis la chute de son mentor national, juré de  jeter le maréchal-président fondateur, Mobutu Sessé Séko, au pouvoir depuis 31 ans dans les poubelles de l’histoire. In fine, il a effectivement réussi à faire chuter le tombeur de Patrice Lumumba.

Le 31 octobre 1996, en pleine révolte, il affirmait déjà que « l’ennemi numéro un contre lequel on lutte est le mobutisme de Mobutu».5- Robert Gueï, le « Père Noel » sorti de l’église

Dans cette nuit du 18 au 19 Septembre 2002, le général-président a cru que trouver une cachette à la cathédrale St Paul au Plateau le sauverait. Mais hélas ! Très tôt, quand sa belle-sœur appelle Lida Kouassi alors ministre de la Défense, pour solliciter une protection au général Gueï, les hommes du colonel Dogbo Blé, commandant la Garde Républicaine, en patrouille à bord d’un 4×4 ne tardent pas à venir. Sous l’ordre du colonel, les éléments vont procéder à une fouille des lieux, au terme de laquelle, malgré l’opposition d’un prêtre, le Général Gueï est retrouvé, extrait de sa cachette et conduit à l’extérieur du bâtiment. A la sortie, une autre patrouille d’éléments commandés par le capitaine Anselme Séka Yapo, l’attend. Ces derniers le saisissent et prennent la direction de la Corniche. Parvenu à quelques mètres des lieux où ils marquent un arrêt, le capitaine Séka fait descendre le Général Gueï et malgré ses supplications, tire à bout portant au moins deux balles dans la tête qui l’atteignent mortellement. C’est ainsi que finit celui qu’on surnommait trois ans plutôt, le vieux sage ou le « Père Noel ». Ou du moins aux dires des aveux attribués au capitaine Séka mais dont l’authenticité continue de diviser les Ivoiriens.

7 – Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, un vol commun pour l’éternité

Événement unique dans l’histoire. Deux missiles sol-air pour abattre deux chefs d’Etat à bord de l’avion personnel du président Habyarimana, un Falcon 50, immatriculé 9XR-NN. Le 6 avril 1994, les deux chefs d’État sont assassinés en même temps. Il s’agissait de Juvénal Habyarimana, président de la République du Rwanda, et de Cyprien Ntaryamira, président de la République du Burundi. Tous deux ont rendu l’âme lorsque l’avion dans lequel ils se trouvaient fut abattu dans sa phase d’approche, à l’aéroport international de Kigali, la capitale du Rwanda. Il revenait d’une rencontre régionale à Dar es Salam en Tanzanie où il a accepté de mettre en place les institutions de transition prévues par les accords d’Arusha, sans que le parti extrémiste CDR (Coalition pour la défense de la République) y soit représenté.

Juste avant de décoller, il a proposé à son homologue burundais de l’accompagner, et de lui prêter son avion jusqu’à Bujumbura. D’après l’audition de François Léotard devant les députés français, le président Mobutu Sésé Séko aurait dû se trouver à cette rencontre régionale, mais aurait refusé de venir au dernier moment. Outre les présidents rwandais et burundais, l’avion transportait des dignitaires du régime rwandais, dont le chef d’état-major des Forces armées rwandaises, le général Deogratias Nsabimana. En phase d’atterrissage à Kigali, à 20 h 27, deux missiles sont tirés sur l’avion depuis le camp militaire de Kanombe ou depuis la colline de Masaka, selon les versions les plus communément acceptées. L’avion est touché et s’écrase non loin de l’aéroport, en partie sur le terrain de la résidence présidentielle. Il n’y a aucun survivant. Des photos ont montré les corps des personnalités victimes de cet attentat dans la chapelle ardente improvisée dans le salon de la maison présidentielle, selon les témoignages de la famille présidentielle. C’est cet assassinat qui est le point de départ du génocide le plus meurtrier qu’a connu l’Afrique contemporaine.

Thomas Sankara8 – Thomas Sankara, l’assassinat qui hante encore

« Restez-là, c’est moi qu’ils veulent ! ». Après ces mots, dans un élan de bon soldat et patriote prêt à négocier qu’il a lancés à ses collaborateurs avec qui il était en séance, le président Sankara, en tenue de sport, se précipite dehors les mains en l’air. Ces attaquants ne lui offrent pas une seconde de plus : ils l’accueillent avec une plus de balles. Thomas Sankara est mort ! Aucun de ses gardes ni conseillers ne sera épargné. Il sonnait 16 heures ce jeudi 15 octobre 1987. Mais déjà un peu plus tôt, non loin de la présidence, des armes crépitaient au Conseil de l’entente, l’état-major du Conseil national de la révolution à Ouagadougou, tout près du quartier résidentiel où sont des ministères et la présidence.

Avant d’atteindre le président, ils ont fini avec tous ceux qui, gardes et civils, ont la malchance de croiser leur chemin dans la cour. Au total, une quinzaine de personnes sont abattues. Ils seront tous enterrés à la hâte, la même nuit, au cimetière de Dagnoen, un quartier de l’Est de la capitale Ouagadougou. Dans toute la zone de la présidence et du Conseil de l’entente, militaires et civils courent dans tous les sens. Plusieurs jours plus tard, il fut déclaré «décédé de mort naturelle» par un médecin militaire. L’absence de tout procès ou de toute enquête de la part du gouvernement burkinabè a été condamnée. Mais depuis le début de la période transitoire en novembre passé, l’enquête a été officiellement ouverte et la veuve de feu Sankara, Mariam Sankara, est enfin rentrée au pays pour se faire entendre.

Il n’a dirigé que pendant quatre ans son pays. Et pourtant, trois décennies plus tard, ses compatriotes mais également la jeunesse africaine dans son écrasante majorité le considèrent encore comme l’un des personnages les plus marquants du 20ème siècle. A l’instar de Patrice Lumumba, Amílcar Cabral ou Kwame Nkrumah, l’héritage politique et «identitaire» de Thomas Sankara est considérable en Afrique et en particulier dans la jeunesse africaine.

9 –  Melchior Ndadaye, une chenille écrasée dans la chrysalide

« Les témoignages n’ont pas permis de déterminer l’heure exacte de l’exécution du président Ndadaye. Il semble qu’elle ait eu lieu dans les 30 minutes qui ont suivi son arrivée [dans le camp militaire de Mura (ndlr)]. Trois hommes du « 11ème Blindé », le caporal Philbert Nduwokumana, dit Kiwi, le caporal Ndayizeye, dit Runyutu, et un troisième homme, sont entrés dans la pièce. Apparemment, pendant que deux d’entre eux maintenaient le président au moyen d’une corde enroulée autour de son cou, le troisième l’a poignardé. » Cet extrait du rapport des Nations Unies du 22 août 1996 est le récit final de trente-six heures d’agitation, de peur, de fuite et d’agonie du premier président hutu élu du Burundi, M. Melchior Ndadaye. Il rêvait d’un « Burundi nouveau » mais il n’aura été à la tête du pays que pendant 5 mois.

Son triomphe lors des premières élections libres organisées, six mois plus tôt, dans le pays après 26 ans d’un régime militaire marque la fin de siècles de domination des Hutu par les Tutsi. Sur la sellette de ce coup d’Etat, il y a son prédécesseur Jean-Baptiste Bagaza et le colonel Jean Bikomagu, chef de l’Etat-major.

L’assassinat de ce maître de conférences des universités et fervent militant de la vie politique burundaise sera le point de départ d’une guerre civile qui causera la mort de 50 000 à 100 000 personnes.Mouammar Kadhafi.

10 – L’assassinat de Kadhafi, l’apothéose d’un film d’horreur

Mouammar Kadhafi.« Lorsque nous avons capturé Kadhafi, la situation s’est transformée en véritable pagaille. Un grand nombre de combattants l’entouraient. Il était en vie quand je l’ai vu, donc il a dû être tué plus tard. La scène était violente. Kadhafi a été placé à l’avant d’une camionnette mais il est tombé. C’était la confusion. Les gens tiraient sur ses cheveux et le frappaient. Nous ne pouvions pas contrôler tout le monde. Certains ont agi sans aucun contrôle. » Khalid Ahmed Raid, commandant de la milice de la côte, témoin de la bataille et de la capture, reconnaît ainsi que la situation a échappé à tout contrôle. Dans les témoignages, on ne peut ne pas dénoncer d’autres barbaries telles que la sodomisation avec un fusil ou une baïonnette du guide de la « révolution libyenne » de la Jamahiriya arabe libyenne par l’un des insurgés.

Après plusieurs mois de ce qu’il convient d’appeler la chasse à l’homme du siècle, après plusieurs  bombardements parfaitement coordonnés par la coalition occidentale qui a déployé le meilleur de son artillerie aérienne, avec ses drones notamment, malgré ses bravades, il est finalement tombé. Ce 20 octobre 2011, toutes les télévisions du monde ont diffusé en boucle les images du corps de Mouammar Kadhafi sans vie, presque nu, ensanglanté et installé dans une chambre froide exposé au marché de Misrata. Pour une première fois dans l’histoire de l’humanité, le corps  massacré d’un chef d’Etat exposé comme un trophée de guerre à côté de la dépouille de l’un de ses fils restera sans déclencher la moindre indignation de la communauté internationale, encore moins celle des dirigeants africains, traditionnellement prompts à dénoncer la violence sur les perdants.

En 1969, à 27 ans, le jeune et fringant officier Mouammar Kadhafi avait réussi à renverser le roi Idriss 1er et instauré une révolution au profit de son peuple. D’une poignée de fer, il a dirigé la Lybie pendant 42 ans. Capitaine et ensuite nommé Colonel, le nouvel homme fort, le tout-puissant guide libyen va instaurer un régime socialiste bien singulier. Il en trouve d’ailleurs la juste opportunité pour réaliser son vieux rêve qui le hantera d’ailleurs jusqu’au soir de sa vie : un grand Etat Arabe, une nation Arabe qui pourrait s’étendre au-delà des frontières africaines. Principale source de toutes ses actions envers et contre toute la communauté internationale, Kadhafi va dans son tombeau dont les coordonnées géographiques demeurent encore du domaine des mystères de ce monde avec son panarbisme.

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