Cameroun: Soixante-dix-neuf élèves enlevés dans une zone anglophone

Les élèves ainsi que « trois encadreurs » pourraient avoir été enlevés par des séparatistes anglophones… Soixante-dix-neuf élèves ont été enlevés ce lundi dans la région du nord-ouest du Cameroun, à la veille de la prestation de serment du président Paul Biya. Il s’agit du plus important kidnapping dans cette zone anglophone depuis le début du conflit entre des séparatistes et l’armée. « Trois encadreurs » de la Presbyterian Secondary School de Bamenda (capitale régionale du Nord-Ouest) ont également été enlevés, a indiqué le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary.

Une vidéo de six minutes

Ces trois « encadreurs » sont le principal de l’établissement, un enseignant et un chauffeur, selon une source gouvernementale camerounaise. « Les recherches pour retrouver les otages ont été lancées, la mobilisation est totale. » D’après une autre source proche de l’établissement, les « élèves enlevés seraient essentiellement des garçons ».

Dans une vidéo de six minutes obtenue par l’AFP, onze garçons d’une quinzaine d’années déclinent un à un, en anglais, leur identité, et indiquent avoir été enlevés par les « Amba boys », les séparatistes anglophones. « Nous allons ouvrir nos propres écoles ici, nous allons rester ensemble et combattre pour l’Ambazonie », l’Etat que les séparatistes entendent créer, indique un homme.

Une crise qui se transforme en conflit armé

Cet enlèvement de masse survient à la veille de la prestation de serment du président Paul Biya, 85 ans, au pouvoir depuis 1982 et réélu pour un septième mandat. « Des enfants sont une fois de plus victimes d’une crise qui n’est pas la leur. RIEN ne peut justifier l’enlèvement d’enfants innocents ! », a réagi sur les réseaux sociaux Allegra Maria Del Pilar Baiocchi, coordonnatrice humanitaire de l’ONU pour le Cameroun.

Les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont confrontées à une crise socio-politique sans précédent depuis fin 2016. Des affrontements entre armée et séparatistes, regroupés en groupes épars dans la forêt équatoriale, s’y produisent quasiment tous les jours depuis plusieurs mois.

Les écoles visées

Par ailleurs, les séparatistes ont décrété un boycottage des établissements scolaires, estimant que le système scolaire francophone marginalise les étudiants anglophones. Les attaques contre des écoles sont ainsi nombreuses depuis le début du conflit. Mi-octobre, six élèves avaient été enlevés dans une attaque de lycée à Bamenda, selon des sources concordantes. Les autorités avaient démenti. Le jour de la rentrée scolaire début septembre, un directeur d’école a aussi été assassiné, un professeur mutilé et plusieurs lycées attaqués.

Les autorités, qui refusent le dialogue avec les séparatistes qu’elles qualifient de « terroristes », ont procédé depuis début 2018 à un important déploiement de forces de sécurité pour « rétablir l’ordre ». Plus de 175 membres des forces de défense et sécurité camerounaises ont perdu la vie dans ce conflit ainsi que plus de 400 civils, selon les ONG.

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