Amour et sexualité : avoir 20 ans en Afrique de l’Ouest

Quatre garçons et filles ont débattu dans la capitale sénégalaise de leurs rêves et de leurs difficultés. Rentrés chez eux, ils ont écrit sur les sujets qui leur tiennent à cœur. « Le Monde Afrique » leur donne la parole dans une série spéciale.

« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. » Ce vers d’Arthur Rimbaud, ode à l’amour et à l’insouciance adolescente, peut-il s’appliquer à la jeunesse africaine ? Sur le plus jeune continent du monde, où la moitié de la population a moins de 18 ans, les défis des adolescents sont nombreux. Pouvoir rester à l’école, accéder à l’éducation sexuelle et à la contraception, éviter le chômage, les mariages précoces, les violences de genre sont autant de challenges qui ont des répercussions dans leurs relations sentimentales et leur parcours personnel.

Episode 1 « Quand les filles d’Abidjan prennent le pouvoir sur la drague grâce aux réseaux sociaux »

Assistant réalisateur sénégalo-guinéen, Mohamed Keita, 25 ans, a mené une partie de ces combats. Après avoir dû fuir à 9 ans sa maison d’Abidjan lors de la crise ivoirienne de 2003, il s’est réfugié à Dakar, y est devenu acteur dans une série télé où il joue un footballeur pris dans les tourments d’une sexualité naissante et travaillé par son désir de migrer. Dans sa vie, Mohamed ne compte plus ses amis partis pour l’Europe, ses camarades tombées enceintes au lycée ou ses cousines victimes d’excision. C’est aussi cela être jeune en Afrique en 2018 et le comédien a bien l’intention de continuer à utiliser la fiction pour dénoncer ces fléaux bien réels et encore tabous. Pour s’exprimer dans le cadre de notre série, c’est la caméra qu’il a choisie.

En partenariat avec le Fonds français Muskoka, Le Monde Afrique a en effet enquêté sur cette jeunesse et décidé de lui donner la parole. A l’heure d’Internet et des satellites qui amènent les télévisions européennes sur le continent, comment est-on jeune en Afrique ? Peut-on s’offrir cette insouciance à laquelle la jeunesse européenne semble avoir accès sans limites ? A eux de le raconter. A leur manière.

Humour et sensibilité

Huit jeunes chroniqueurs ont donc été sélectionnés dans les huit pays d’Afrique de l’Ouest et centrale où le Fonds Muskoka mène de nombreuses actions de sensibilisation sur la santé sexuelle et reproductive : Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Sénégal, Tchad et Togo. Mohamed Keita est l’un d’eux.

A ses côtés, Le Monde Afrique a ajouté sept voix, toutes différentes. Trois autres garçons et quatre filles. Judith Gnamey, 26 ans, est de l’aventure. Dans le groupe, elle se fait même, depuis la Chine où elle prépare un doctorat en biochimie, le porte-voix de ces jeunes Africains expatriés pour leurs études. A Harbin, « ville de glace » aux confins de la Mandchourie, à 350 km de la frontière russe et du fleuve Amour, elle compare avec humour et sensibilité les relations amoureuses entre les deux continents. Racontant comment, dans la « Moscou d’Orient », sa « différence » de femme africaine attise la curiosité. Un quotidien bien éloigné de celui d’Aminata Adama Keïta, poétesse malienne de 19 ans, déclarée championne nationale de poésie de son pays en 2015 à l’âge de 17 ans. Imprégnée de littérature française et admiratrice d’Alexandre Dumas fils et de sa Dame aux camélias, elle aime écrire, en vers ou en prose, sur l’amitié, le chômage des jeunes, le mariage forcé, la misère sexuelle.

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