Glioblastome : vers un vaccin thérapeutique sur mesure

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Les chercheurs d’un consortium européen ont mis au point un vaccin sur mesure, spécifique à un patient donné, dans le traitement du glioblastome. Quinze patients ont reçu avec succès ce traitement dans le cadre d’une étude de phase I , dont les résultats sont publiés dans « Nature ». Pierre-Yves Dietrich (université de Genève), co-auteur de l’étude, qualifie ce vaccin prometteur de « prouesse technique ».

Deux types de vaccins différents

Le glioblastome est un cancer du cerveau agressif pour lequel il n’existe pas de traitement satisfaisant. C’est pourquoi des chercheurs de Suisse, d’Allemagne, d’Espagne, du Pays-Bas et du Danemark se sont réunis en 2013 au sein du consortium GAPVAC (pour Glioma Actively Personalized Vaccine Consortium) afin de mutualiser leurs compétences. « Notre démarche est de tirer profit des variations d’un patient à l’autre , indique Pierre-Yves Dietrich. Nous espérons obtenir des vaccins plus performants en identifiant les spécificités antigéniques d’une tumeur. »
Les chercheurs ont ainsi mis au point un vaccin qui soit à la fois spécifique de la tumeur et du système immunitaire du patient. Sur le plan technique, il s’agit d’une approche en deux étapes, avec deux vaccins différents.
Pour le premier vaccin, APVAC1, l’analyse génomique et peptidique des tumeurs de chacun des 15 patients a été effectuée. « Nous avons comparé ces analyses à d’autres tumeurs ainsi qu’à des cerveaux sains pour mettre en évidence les peptides hyperexprimés dans une tumeur donnée, explique le chercheur. Une dizaine de peptides non mutés et fortement exprimés ont été identifiés par patient ». Ces peptides ont ensuite été testés in vitro en présence de lymphocytes des patients pour évaluer leur capacité à déclencher une réponse immunitaire. Le vaccin APVAC1 ainsi personnalisé contient au final 5 à 10 peptides.
Pour le deuxième vaccin, APVAC 2, l’intégralité du génome de la tumeur est comparée au génome sain, afin d’identifier des peptides mutés dits néopeptides. « Sur 100 mutations, une seule va s’exprimer à la surface des cellules cancéreuses : l’idée est donc de trouver LE néopeptide qui va s’y exprimer et qui sera spécifique d’un patient » , précise Pierre-Yves Dietrich.
Il souligne : « La composition des vaccins varie ainsi de manière importante d’un patient à l’autre, ce qui reflète l’hétérogénéité tumorale. »

Une avancée en termes organisationnelle et régulatoire

En plus d’avoir montré leur innocuité, ces vaccins personnalisés ont été capables d’induire une réponse immunitaire de bonne qualité, avec une survie médiane de 31 mois. Pierre-Yves Dietrich nuance toutefois : « Nous avons inclus des patients très sélectionnés, nous ne pouvons pas encore tirer de conclusion. »
En revanche, cette étude est une étape importante d’un point de vue technique et organisationnel. « Nous sommes parvenus à démontrer la faisabilité de la mise au point d’un vaccin personnalisé avec une technique sophistiquée dans un cadre clinique, donc un temps restreint, et multicentrique , salue Pierre-Yves Dietrich. Il s’agit également d’une prouesse sur le plan régulatoire : les autorités sanitaires ont approuvé un concept et non un médicament fini reproductible, puisque les vaccins sont tous différents. »
« Conceptuellement, notre étude montre la possibilité d’aller vers des immunothérapies de précision de plus en plus individualisées », conclut le chercheur.

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