“PROPOSITION DU CNARE-GIRITEKA EN VUE DE LA PRÉPARATION DU 5ème ROUND DES POURPARLERS INTERBURUNDAIS ”.

J’ENTRE EN REBELLION: Le 6 Septembre 2018, le Président du CNARED a remis à l’équipe de Benjamin Mkapa un document intitulé “PROPOSITION DU CNARE-GIRITEKA EN VUE DE LA PRÉPARATION DU 5ème ROUND DES POURPARLERS INTERBURUNDAIS ”.

Je vais que tout le monde sache que je ne soutiens pas ce document.

Il s’agit en effet d’un document élaboré par une poignée de personnes parmi celles que l’équipe de Benjamin Mkapa avait convié à ses consultations. Ce qu’il faut retenir est que ces personnes avaient été invitées à titre personnel et n’avaient aucun mandat de représenter l’opposition burundaise en exil dans son ensemble. Le document qu’ils ont remis à la facilitation n’engage donc qu’elles mêmes. Mais à coté de ce fait que ce document a été élaboré par une poignée de personnes parmi celles choisies par la facilitation de Benjamin Mkapa sur une base discriminatoire, c’est le contenu du document qui est troublant.

En effet, il n’est nulle part posé dans ce document les conditions même minimales pour participer au 5ème round des négociations alors que tous les opposants restent aujourd’hui unanimes sur le fait la facilitation de Benjamin Mkapa est partisane et que ces négociations ne présentent pas les garanties minimales d’inclusivité, de transparence, d ’équité dans le choix et traitement des protagonistes, de neutralité de la médiation ainsi que les garanties de sécurité des participants dans ces négociations. En outre, ce document ne propose aucun agenda des négociations à venir en prenant soins de faire figurer à cet agenda le traitement de toutes les conséquences du troisième mandat illégal de Pierre NKURUNZIZA notamment les garanties de justice pour les victimes des atrocités de masse en cours au Burundi depuis Avril 2015.

Comme je l’ai rappelé à de multiples occasions, tout compromis politique, quelque qu’il puisse être et quels qu’en soient les auteurs, qui n’adressera pas les causes du chaos burundais actuel et qui ne traitera pas toutes ses conséquences sera voué à l’échec.

Une simple lecture de ce document remis à l’équipe de Benjamin Mkapa le 06 Septembre 2018 montre que ce documents n’est pas préoccupé par le règlement de la crise burundaise actuelle et le traitement de ses conséquences. Le document ne fait pas référence aux origines de la crise et l’une des conséquences de première catégorie que sont les garanties de justice pour les victimes de cette crise, plus particulièrement les personnes tuées, les personnes disparues, les femmes violées, les personnes torturées, etc. A ma surprise générale, le cœur ce document parle des “CONDITIONS D’UN ENVIRONNEMENT FAVORABLES A DES ELECTIONS CREDIBLES” au lieu de parler des conditions nécessaires pour le règlement de la crise burundaise actuelle et ses conséquences. Depuis quand parle-t-on des élections dans un pays au bord d’une guerre civile ? C’est tout simplement une honte.

Ce document montre en tout que ces auteurs s’entendent au moins avec l’équipe de Benjamin Mkapa et avec NKURUNZIZA et son cercle de pouvoir illégal sur une chose : plus question de parler de la crise engendrée par le troisième mandat présidentiel illégal de Monsieur Pierre NKURUNZIZA, il faut seulement parler d’une feuille de route pour les élections de 2020 comprenant quelques garanties minimales pour le retour de certains politiciens qui sont en exil. C’est en effet l’agenda de ce 5ème round des négociations qui a totalement perturbé pas mal d’opposants en exil ces derniers jours.

Parmi ces “CONDITIONS D’UN ENVIRONNEMENT FAVORABLES A DES ELECTIONS CREDIBLES” énumérées dans ce document, il y a une qui a retenu mon attention et qui m’a certainement choquée, c’est la “Réhabilitation des leaders politiques dans leurs biens.” Mais en quoi la Réhabilitation des leaders politiques dans leurs biens constitue une garantie pour le tenue des élections crédibles ? Et qui va demander la Réhabilitation des centaines de milliers de citoyens ordinaires dans leurs biens ?

Je comprend que ces leaders politiques veulent retourner dans l’opulence dans laquelle ils étaient avant cette crise. Ce faisant n’est pas en soi une mauvaise chose. Ce qui est plus grave, c’est comment cette recherche d’opulence personnelle des hommes politiques figurent parmi les garanties des élections crédibles alors que les mécanismes de justice pour les victimes des atrocités de masse en cours au Burundi depuis 2015 n’y figurent pas. Or on sait que c’est le climat d’impunité qui est la base des crises répétitives au Burundi.

Mais c’est pas tout, si ces hommes politiques sont préoccupés par la recherche de leur opulence opulence personnelle, qui va défendre les victimes des atrocités de masse du régime burundais dans ces négociations à venir ? S’il est vrai que les politiciens en exil peuvent être replacés dans leur opulence d’avant la crise, un enfant qui perdu son parent à cause de cette crise ne peut pas être remis dans la situation d’avant cette crise. Une mère qui a perdu son enfant non plus. Il en est ainsi d’une mari qui a perdu son époux, d’une femme qui a perdu sa femme, d’une famille qui perdu le sien, d’une femme qui a été violée, d’une personne qui a été torturée, des familles des personnes disparues, etc.

Au fait si le document ne parle pas de la question des mécanismes de justice pour les victimes parmi les conditions nécessaires pour des élections crédibles, ce n’est pas parce que ces auteurs n’en sont pas conscients. C’est plutôt parce que le Président ougandais,tanzanien et Kenyan se sont convenus qu’une fois la compromission pour le retour d’exil de certains opposants aura été signée, le Président ougandais demandera, au nom de la communautaire est africaine, au Conseil de sécurité des Nations Unies d’ordonner la suspension de l’enquête de la Cour pénale internationale concernant les crimes contre l’humanité commis au Burundi depuis 2015 afin, disent-ils, de ne pas saboter les efforts de paix de la sous-région dans la crise burundaise (une telle éventualité est prévue dans le statut de Rome de la Cour pénale internationale).

Tenez chers opposants en quête d’opulence personnelle :des braves burundais (politiciens, société civile,citoyens ordinaires,etc),se sont données corps et âme pour que la Cour pénale internationale ouvre cette enquête. Nous avons travaillé jours et nuits pendant 2 ans pour aboutir à un tel résultat. Vous connaissez les dizaines de voyages que j’ai effectués à La Haye à mes frais dans le cadre cette affaire. Vous n’ignorez pas le lourd tribu qu’ont payé mes équipes qui travaillent à la collecte des preuves matérielles de ces crimes sur l’ensemble du territoire. Plus important encore : vous connaissez les douleurs des victimes de ces crimes. Agissez alors en conséquence.

Je ne vous empêche pas de rechercher votre opulence personnelle d’avant la crise du troisième mandat mais si cette opulence est obtenue après avoir sacrifié les souffrances des victimes de cette crise, elle ne sera pas de longue durée. Les burundais vont continuer à s’organiser de l’intérieur et de l’extérieur, politiquement et militairement et vous feront subir, ensemble avec Pierre NKURUNZIZA, la pire des humiliations qu’aucun autre politicien burundais n’a jamais subi dans l’histoire de notre pays. Vous avez ma parole.

Jérémie MINANI

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