un rapport secret éclabousse le Rwanda et sa candidature à la Francophonie

Le journal Marianne qui en parle, dévoile un rapport classifié top secret et qui date du 1er octobre 2003. Il a été rédigé par trois enquêteurs du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), pour transmission au procureur Hassan Boubacar Jallow, après le départ forcé de Carla Del Ponte, son prédécesseur, sur pression du régime de Kigali. Il résume, expliquent nos confrères, le travail considérable effectué par l’équipe des investigations spéciales sur les crimes commis par l’APR pendant l’année 1994, mais aussi les années suivantes.

Ci-dessous, un extrait de l’article publié sur Marianne.net.

La special team a recruté 41 sources et trouvé 518 témoins potentiels. Elle s’est livrée à une infiltration délicate des cercles dissidents du Front patriotique rwandais, le parti de Kagamé, car, « pour des raisons évidentes de sécurité », il n’y a pas eu d’enquête sur le territoire rwandais, « alors que c’est là que les choses se sont passées ».

Ce document est effroyable, comme le fut le sort des milliers de victimes, en très grande majorité hutues, de l’APR, la branche armée du FPR. Toute la mécanique de la prise de pouvoir par l’APR y est minutieusement décrite. Dix-huit sites de massacre y sont recensés. Les techniques d’exécution sont exposées et notamment les méthodes traditionnelles: l’agafuni, une houe usagée transformée en marteau pour fracasser les têtes, ou l’akandoya, qui consiste à lier de façon très serrée les coudes derrière le dos, poitrine saillante, les jambes également liées, au niveau des chevilles, et pliées vers l’arrière en faisant correspondre les deux ligatures derrière le dos, de sorte que le malheureux devient comme un arc. Il analyse aussi le rôle de la Directorate Of Military Intelligence (DMI) dans la désignation des victimes et le choix des fameux « techniciens » de la mort qui dépendaient de son haut commandement.

Le rapport top secret indique que les investigations sur les crimes de l’APR ont d’abord été faites sur la commune de Giti et étendues à la préfecture de Byumba. Giti avait la particularité d’être la seule commune à n’avoir pas participé au génocide, pourtant elle n’a pas échappé aux crimes de l’APR. Toutes les victimes avaient les bras reliés derrière le dos au niveau des coudes Durant le génocide, beaucoup de réfugiés furent amenés au stade de Byumba par l’APR sous le prétexte d’assurer leur sécurité. Les militaires gagnèrent leur confiance. Mais, après le dernier meeting, sur instruction du lieutenant-colonel James Kabarebe, le lieutenant-colonel Masumbuko donna l’ordre d’ouvrir le feu sur les réfugiés qui périrent tous. Kaberebe, actuel ministre de la Défense et numéro deux du régime, créa une équipe spéciale pour exécuter les gens dans la zone entre Gabiro et le parc national de l’Akagera. « Entre mai et août 1994, notent les auteurs, cette équipe tua entre cinq et 20 personnes par jour. L’équipe s’est ensuite déplacée vers Kigali, au camp de la garde présidentielle, où les tueries continuèrent.»

Après avoir fourni de nombreux éléments sur les massacres d’évêques et de dignitaires de l’Eglise catholique à Kabgayi et Gitarama, et livré des détails sur quelques autres tueries, le rapport décrit une scène terrible dans le centre commercial de Musambira. Un IO (officier du renseignement) de la DMI laissait tomber des bouts enflammés de plastique sur des Hutus. D’autres soldats de l’APR s’amusaient à brûler vive une personne pour déclencher une avalanche de dénonciations. Un autre groupe exécuta 350 personnes en leur mettant des sacs plastique sur la tête jusqu’à suffocation. Le même groupe utilisait aussi l’agafuni et l’akandoya Le rapport recense jusqu’à la nausée une accumulation d’actes barbares.

Louise Mushikiwabo épinglée

Ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo qui veut à présent diriger l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ne reste pas moins épinglée par les agissements de Paul Kamage, où elle est devenue le plus brillant haut-parleur du dictateur rwandais. Elle n’a aucun état d’âme pour justifier enlèvements et assassinats d’opposants à l’étranger. A un journaliste d’Al-Jazira qui l’interrogeait en 2016 sur l’étranglement du colonel Patrick Karegeya (dissident FPR) dans un hôtel sud-africain, elle répondit.: « Pourquoi devrais-je me plaindre des gens qui menacent mes ennemis ? » La candidate à la francophonie a aussi défendu fermement la décision de Kagamé de faire de l’anglais la langue d’enseignement et langue d’administration. Et du Rwanda le 53e Etat du Commonwealth.

Le 11 septembre 2011, ne déclarait-elle pas à Paris : « L’anglais est une langue avec laquelle on va plus loin que le français. Au Rwanda, le français ne va nulle part».? Probablement la raison qui a poussé les autorités de Kigali à détruire au bulldozer le centre culturel français il y a quatre ans En vérité, Louise Mushikiwabo adore taper sur la France, ses politiques et ses militaires, son boss n’ayant jamais admis la poursuite de l’instruction judiciaire en France sur l’attentat contre l’avion de Habyarimana. Le 11 novembre 2016, elle a ainsi menacé de publier « une nouvelle liste de hauts responsables politiques français accusés de complicité dans le génocide de 1994 contre les Tutsis ». Quatre anciens ministres français chargés de la Francophonie, Charles Josselin, Pierre-André Wiltzer, Hélène Conway-Mouret et André Vallini, ont, il y a peu, signé une tribune dans le Monde intitulée «Louise Mushikiwabo n’a pas sa place à la tête de la francophonie.» Ils y dénoncent l’illusion consistant à croire que le soutien d’Emmanuel Macron à Louise Mushikawabo pourra infléchir la position de Kigali à l’égard de Paris. « Parce qu’il y va de la légitimité même de sa présidence à vie, Kagamé a besoin d’une France coupable. Et, aussi longtemps qu’il sera au pouvoir, elle le restera.»

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