« Le Soudan traverse une révolution, la troisième »

Analyse. Le soulèvement qui secoue le régime d’Omar Al-Bachir depuis la mi-décembre s’inscrit dans une histoire nationale ponctuée de dictatures militaires et d’intermèdes démocratiques, analyse Christophe Ayad, journaliste au « Monde ».

Analyse. Quelle que soit l’issue du soulèvement qui a débuté le 19 décembre 2018 au Soudan et se poursuit à ce jour, il est déjà acquis que ce pays traverse une révolution. Elle est loin d’être la première dans une histoire politique aussi mal connue que riche en soubresauts. Car, contrairement à ce que certains interprètent comme une « queue de comète » du « printemps arabe » qui viendrait éclore à contretemps alors que le Moyen-Orient est en pleine reprise en main néoautoritaire, l’actuelle révolution soudanaise est la continuation d’une histoire longue ponctuée de dictatures militaires et d’intermèdes démocratiques.

A la charnière du monde arabe et de l’Afrique, le Soudan échappe à la seule temporalité moyen-orientale. Ainsi ce pays, indépendant depuis 1956, a connu le premier coup d’Etat militaire du continent africain venant renverser une démocratie parlementaire, dès 1958, puis la première révolution démocratique du monde arabe en 1964. Le soulèvement du 19 décembre s’inscrit donc dans une trilogie incluant la révolution de 1964, qui avait renversé le régime autoritaire du président Abboud, et l’« Intifada » de 1985, qui avait mis fin au règne du dictateur Gaafar Al-Nimeiry.

Du pouvoir d’achat au pouvoir en place

Cette fois-ci, les manifestations ont éclaté à la suite de l’annonce d’une multiplication par trois du prix du pain. Comme lors des troubles de janvier 2018 (doublement du prix du pain), de septembre 2013.

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