Manifestations en Algérie: «Il faut éjecter le système Bouteflika de toute urgence»

Les manifestations en Algérie contre un cinquième mandat de Bouteflika prennent de l’ampleur… Nous avons demandé à nos lecteurs d’origine algérienne ou ayant de la famille en Algérie d’exprimer leurs idées pour améliorer la situation dans le pays

  • Le président algérien, au pouvoir depuis 1999, a subi un AVC en 2013 qui a affecté sa mobilité et son élocutions. 
  • Depuis, ses prises de parole en public sont extrêmement rares et sa dernière apparition date du 1er novembre 2018.
  • Plus d’un tiers de la population a moins de 20 ans et n’a donc connu que Bouteflika comme président. 

Alors que les manifestions se multiplient actuellement en Algérie contre la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, nous avons demandé à nos internautes se sentant concernés par la situation ce qu’il faudrait faire, selon eux, pour améliorer la situation du pays. Outre un tombereau d’insultes à base de « qu’ils se débrouillent » ou « on s’en fout », six axes d’amélioration se dessinent parmi les plus de 650 témoignages que nous avons reçus.

Lutter contre la corruption qui « règne à tous les niveaux »

Pour Ali qui vit en France mais « se rend souvent au bled, le pouvoir est corrompu, la police, les gendarmes, la douane, tout est corrompu. Tu passes la douane, ils te demandent de l’argent pour pouvoir passer une télévision ou un PC ». « La corruption règne à tous les niveaux », confirme Kamel.

« Il faut éjecter ce système de toute urgence car il est corrompu jusqu’à la moelle », selon Abdelkader. Pour Yazid, qui vit en Algérie, il faut en effet « diminuer ce phénomène de corruption ». « Tonton Bouteflika a fait un très joli travail depuis toutes ces années mais il serait temps de laisser la place aux jeunes avec des idées neuves et fraîches », estime Anissa.

Changer de président, de Constitution et réformer les institutions

Selon Farid, il faut « laisser la place à la nouvelle génération, le temps des généraux est dépassé ». Pour Amine plus qu’un changement de président, « il faut un changement total des hauts responsables du gouvernement et laisser la place aux jeunes ». Karim propose « des réformes constitutionnelles pour réduire les pouvoirs exorbitants du président, démocratiser le fonctionnement de l’Etat et donner plus de droits aux citoyens ». Omar, qui est en contact avec sa famille en Algérie, pense qu’« il faut reporter les élections pour organiser des élections libres sans fraude ».

Zinedine évoque, lui, l’idée d’une « conférence nationale pour aller vers une IIe République et rompre avec le système actuel ». Résidant en France et ayant laissé toute sa famille en Algérie, Abderahim estime « qu’il faut désigner des leaders qui pourront organiser une phase transitoire pour élire un nouveau président et créer une IIe République ». Cherif prône aussi une « nouvelle constitution, la laïcité, la dissolution de tous les partis politiques actuels ». Elhadj réclame plus de « liberté d’expression et de liberté de la presse, et la fin de la gangrène du clientélisme ».

Pour Zaidi, jeune algérien de 25 ans qui poursuit ses études en France, actuellement en Algérie pour participer aux manifestations populaires, « il faut une conférence de consensus national lancée par des représentants de la société civile pour impulser une dynamique pour un nouveau départ. Une assemblée constituante qui serait élue ou désignée devra élaborer une constitution soumise à un référendum populaire. Une fois adoptée, des élections générales auront lieu et le peuple choisira librement ses représentants pour une Algérie libre et démocratique. » Hacen, quant à lui, pense qu’il faut « limiter le président de la République à un seul mandat, diminuer le nombre de députés, supprimer le Sénat. Les questions économiques et sociales s’ouvriront après la question politique ».

Diversifier l’économie, s’ouvrir au tourisme

Pour Karim, président de l’association Ensemble construisons l’avenir de l’Algérie, « le plus urgent est de diversifier l’économie qui est trop dépendante des hydrocarbures et des fluctuations des prix du baril », explique-t-il.

Selon Amina, il faut « s’ouvrir au tourisme, nous n’avons rien à envier au Maroc et à la Tunisie ». Haoues qui est français d’origine algérienne, avec une sœur qui vit en Algérie, propose un « partenariat européen d’exception aux marocains, algériens et tunisiens ».

Miser sur la jeunesse et améliorer le système éducatif

Selon Yacine qui est doctorant et n’a « aucune place en Algérie, et travaille chez Lidl en France, il faudrait une nouvelle génération au pouvoir, les Algériens en ont marre de la génération FLN » Pour Malik, «  les jeunes étouffent, ils ont besoin de liberté. Il faut faire confiance à la jeunesse, lui permettre d’investir, de créer, d’inventer, de travailler, gagner sa vie pour vivre. »

Boualem, scolarisé en Algérie, pense qu’il faut « réformer l’éducation en revenant à un système bilingue, enseigner le français et l’anglais. Le niveau des élèves est très faible et cela est dû à la politique d’arabisation. Il s’agit de remettre à plat le système éducatif et l’adapter aux enjeux de la mondialisation ».

Ramzy, 24 ans, a vécu à Batna en Algérie, avant de finir ses études et trouver un travail en France, « parce que le niveau des études touchait le fond ». Pour lui, « une meilleure éducation permet un meilleur esprit critique. L’Algérie doit avoir un nouveau souffle, un souffle jeune et éduqué ». Aicha explique que « l’instruction est la clé de la réussite ; il faut favoriser des formations pour que les jeunes aient un métier stable ».

Améliorer le système de santé

Pour Meriem, le Ministère de la Santé doit « prendre au sérieux les problèmes dans les structures médicales : matériels, formation, organisation, pénurie d’hôpitaux, déserts médicaux. Actuellement, c’est une anarchie totale. La gestion des priorités est indispensable : la construction d’une des plus grandes mosquées au monde a été décidée alors que le pays manque cruellement d’hôpitaux, c’est effrayant. »

Changer les mentalités, revoir la place de la femme et le rapport au religieux

Pour Lilia, « les mentalités doivent changer ». Dans la même idée, Samir qui est français d’origine algérienne et qui se rend en Algérie deux fois par an, précise : « la seule solution est une remise en question du peuple sur sa façon de se comporter et de réfléchir. Le peuple algérien, dans sa majorité, est trop fier pour se remettre en question ».

Meriem qui est née à Alger il y a 30 ans et vit en France, suit les événements de très près via les réseaux sociaux. Elle est « fière et heureuse de voir les citoyens briser le mur de la peur et du silence de manière pacifique. » Pour elle, il faut améliorer « la place de la femme dans la société. Elle est plus qu’opprimée, elle fait l’objet de violences verbales et physiques dans les rues au quotidien. Il faut mettre en place des lois pour la protection de la femme. »

Belson, lui, pense qu’il faut « combattre l’influence religieuse, en donnant la place aux mouvements modernes, et lutter contre la pensée islamique radicale et totalitaire. Cela passe par la réforme du système éducatif pour renforcer la conscience envers les idées religieuses. » Dans le même esprit, Sarah, Algérienne de 26 ans dont toute la famille est en Algérie, estime que « la laïcité est importante. Pour faire évoluer le pays, il faut une séparation de la religion et de l’Etat ».

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