Santé: la mauvaise alimentation tue

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Carences en nutriments, surpoids, excès de sucre et de gras… Aucun pays au monde n’atteint les objectifs de l’OMS en matière de lutte contre la malnutrition, qui est devenue un des premiers facteurs de risque de décès.

Malnutrition chronique, retard de croissance, carence en nutriments, maigreur, surpoids ou obésité: les problèmes de santé liés à l’alimentation touchent, sous une forme ou une autre, tous les pays du monde. Fléau universel, la malnutrition affecte riches et pauvres, hommes et femmes, à tous les âges de la vie. «Elle constitue un des premiers facteurs de risque de maladie et de mort, pesant plus lourd que la pollution de l’air ou le tabagisme», alerte Jessica Fanzo, chercheuse à l’université américaine Johns Hopkins et auteur principal du rapport sur la nutrition mondiale 2018, rendu public jeudi.

Cette vaste étude menée tous les ans depuis 2014 compile, pays par pays, toutes les données statistiques connues sur la malnutrition dans le but de sensibiliser et de guider les politiques publiques. «Sur toute la planète, le fardeau de la malnutrition reste élevé et les progrès sont lents», écrivent les experts, dénonçant «une situation inacceptable».

Les moins de 5 ans très touchés

Ainsi, la plupart des pays semblent avoir peu de chances d’atteindre les cibles définies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour améliorer la nutrition chez la mère, le nourrisson et le jeune enfant à l’horizon 2025. On en compte six (retard de croissance, anémie, insuffisance pondérale, surpoids, allaitement et émaciation). Seuls 94 pays sur 194 sont en passe d’atteindre au moins un de ces objectifs. Aucun pays n’est sur la bonne trajectoire pour l’obésité chez l’adulte et l’anémie. Aucun n’a accompli de progrès vers l’accomplissement des six cibles.

Malgré quelques avancées, le constat général est sombre. Les enfants de moins de cinq ans souffrent encore de multiples formes de malnutrition: 150 millions d’entre eux accusent un retard de croissance (un nombre en diminution, sauf en Afrique), 50 millions sont émaciés et 38 millions en surpoids. Les taux varient considérablement selon les régions, et même au sein des pays. 20 millions de bébés naissent chaque année en insuffisance pondérale. En parallèle, surpoids et obésité ont atteint un niveau record, approchant les 40%. Les femmes sont plus touchées que les hommes.

Améliorer les régimes alimentaires

Pour lutter contre ce fléau, les experts suggèrent «d’accorder de toute urgence une attention particulière à l’amélioration des régimes alimentaires». Car les données recueillies montrent que «la population se nourrit mal». Et cela commence très tôt: l’allaitement exclusif ne concerne que 41% des nourrissons, et les ventes de lait infantile augmentent rapidement, laissant présager un changement significatif du régime alimentaire des bébés et jeunes enfants. 

Entre 6 et 23 mois, moins d’un enfant sur cinq est nourri selon les critères d’une alimentation minimale acceptable.

Les mauvaises habitudes alimentaires sont universelles, selon les experts. Indépendamment de leur niveau de richesse, les enfants en âge d’être scolarisés, les adolescents et les adultes mangent trop de céréales raffinées et d’aliments et de boissons sucrés, et pas assez d’aliments bons pour la santé comme les fruits, les légumes, les légumineuses et les céréales complètes. 

Une analyse de plus de 23.000 produits alimentaires sous emballage montre que 69% d’entre eux sont d’une qualité nutritionnelle relativement pauvre, la proportion étant plus élevée dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Des moyens d’action existent, soulignent les chercheurs, qui citent en exemples les taxes sur les boissons sucrées tout comme les politiques visant à améliorer la composition des produits. Dans ce combat, un effort particulier devrait être porté sur les adolescents, un âge où les besoins en nutriment augmentent.

En France, la situation est décrite comme «stagnante ou détériorée» sur plusieurs objectifs de l’OMS: anémie chez la femme en âge de se reproduire, obésité chez l’adulte, et diabète masculin. Et les chercheurs regrettent que notre pays ne collecte pas suffisamment de données – notamment en ce qui concerne le régime alimentaire des enfants.